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Les Jardins d'Aéoliah

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Chapitre 9

Secouriste des Ames

Fort curieusement, la proposition-décision de Liouna de venir en aide aux Terriens ne sembla d'abord provoquer aucune réaction ni aucun commentaire dans le village. Mais un observateur attentif aurait surpris, çà et là, des discutions dans l'intimité des maisons, la nuit. De temps à autres on faisait de petits cercles de méditation. Il fallut du temps. Il y en avaient qui étaient intéressés par cette initiative, voire enthousiasmés, et d'autres pas. Un tel travail demanderait un psychisme solide et certaines qualités particulières, dont les éolis n'étaient pas tous dotés, car ils n'en avaient pas forcément besoin pour leur vie sur Aéoliah. En particulier c'était bien trop dangereux pour les jeunes âmes des nouveaux éolis, sauf Liouna bien sûr, qui n'était pas du tout une jeune âme, même si physiquement elle sortait de l'enfance.

Ne croyez pas qu'il y eut un quelconque désaccord, ni même ce que nous appelons un débat entre ceux que cela intéressait ou non. Même les éolis qui ne comptaient pas du tout s'y investir personnellement adhéraient totalement au projet. L'idée de Liouna avait été inspirée par l'Amour, la première loi universelle. Il n'y avait donc aucune objection possible, ni même pensable. Seulement à résoudre les difficultés pour la réaliser. Donc tous les éolis étaient de grand coeur ensemble et cherchaient ensemble comment faire.

Cela prit en fait des années. Il fallut d'abord s'instruire des conditions régnant sur la Terre. Des éclaireurs s'y rendirent un peu témérairement, en esprit, mais ils trouvèrent la Terre entourée d'un épais égrégore de prudence (Qui y est encore aujourd'hui, rassurez-vous). Comme ce n'était pas la dernière qualité des éolis, ils n'insistèrent pas. De loin ils contemplèrent son apparence physique. La Terre n'a pas d'anneau, mais c'est, comme nous l'avons vu, une planète double: sa planète compagne n'est autre que la Lune, qui est ainsi plus qu'un simple satellite comme ceux de Jupiter.

Les éolis trouvèrent la Terre fort belle... Et elle l'est encore aujourd'hui, malgré le gris et le noir qui la rongent. (Note: ceci se passe vers l'an 800, et dans cette histoire le «temps présent» est dans les années 1980)

 

Adénankar, au début, suffisait seul a expliquer l'essentiel. On le voyait par ci, par là, chez l'un, chez l'autre. Des petits groupes se formaient, on posait des questions. Mais au fur et à mesure que les esprits se préparaient, il fallait de plus en plus de présence, et Adénankar dût demander l'aide de ses amis.

 

Un jour, au crépuscule, la Montagne du Soir s'irisant de violet, ils arrivèrent, à une douzaine. Ils venaient d'Irizdar, de l'école de Sagesse. C'étaient, comme les éolis de la montagne, des éolis qui avaient accompli la seconde étape de la vie Aéolienne. Mais au lieu de se préparer à partir pour d'autres univers plus beaux encore, ils avaient choisi de rester encore un temps sur Aéoliah, pour enseigner. Les plus âgés dépassaient les cent mille ans, ce qui ne les empêchait pas de rester plaisantins et tendres comme de jeunes éolis. Le rôle de l'école d'Irizdar était surtout d'aider les éolis à accéder à la seconde étape de leur vie, ce qui prend beaucoup de travail. Les éolis que nous connaissons en étaient tous à leur première étape, sauf les Jardiniers des âmes, comme Adénankar; mais l'école des Jardiniers des âmes où Liouna avait connu Adénankar était elle située dans un plan spirituel, sans lieu physique. Seule une annexe locale était à Irizdar, comme nous l'avait expliqué Ozoard. C'était un groupe de Jardiniers des âmes qui avaient décidé d'aider les Terriens, il y a fort longtemps. Ils choisirent Aéoliah comme lieu d'accueil pour les Terriens qu'ils amèneraient. Pourquoi Aéoliah se prêtait-elle si bien à cela? C'est qu'elle ressemblait beaucoup à la Terre, par certains côtés. Ainsi intégrer un ancien Terrien sur Aéoliah, comme ils l'avaient tenté pour la première fois, avec Algénio, ne nécessiterait que peu d'adaptation, au niveau du corps énergétique. Autant de gagné quand il est perturbé. Il y avait d'autres raisons plus profondes, difficiles à expliquer: par exemple les yeux éolis posent sur l'univers presque les mêmes couleurs que ceux des Terriens, ce qui a de nombreuses et importantes implications, notamment pour la perception des vibrations spirituelles des personnes ou des situations.

Le groupe d'Irizdar avait choisi, pour recevoir des Terriens, notre village éoli, un village du Bonheur parmi des millions d'autres où la vie coulait paisible et poétique, dans l'Amour partagé. Adénankar, qui poursuivait son projet depuis des lustres, était venu naître sur Aéoliah dans un des villages proches d'Irizdar (il y en a des centaines) puis s'était tout bonnement installé dans le village que nous connaissons, sans rien demander à personne. Il était libre, de toute façon. Mais Adénankar, aussi sage fut-il, avait besoin d'une aide plus élevée encore. Il lui fallait quelqu'un capable de focaliser les formidables énergies dont il aurait besoin. Il lui fallait surtout rester en Harmonie avec le plan d'évolution et de guérison de la Terre. Ce projet est animé à un très haut niveau, supérieur aux anges, comme on l'a vu, mais il s'agit là de choses fort ésotériques. Une âme était descendue de ce plan pour être la compagne d'Adénankar: l'ineffable Milarêva. Frêle éoline toujours de blanc vêtue, elle paraissait n'être formée que de lumière quand on l'apercevait parfois, la nuit, pâle fantôme silencieux.

 

La douzaine d'éolis venus d'Irizdar s'installèrent un moment dans notre village, puis firent la navette entre ici et Irizdar. Dans l'astral commençait une intense activité. Il s'était formé deux équipes d'une dizaine de membres chacune, aptes à aller sur la Terre, et ils s'entraînaient, tandis que les autres restaient tous ensemble en communion avec eux pour les soutenir. Le travail se faisait la nuit, sur la grande place des repas. Ils étaient assis ou couchés en plusieurs cercles concentriques, avec des fleurs-lumière au centre. Ceux couchés au milieu partaient dans l'astral, soutenus et aidés par ceux assis en cercles tout autour, formant un égrégore très puissant. C'était facile ainsi, mais ce le serait beaucoup moins plus tard: autant être prêts.

 

Algénio, lui, ne pouvait évidement pas tenter de quitter Aéoliah, mais il venait aux réunions et aux discutions; il prit même à coeur ce travail dont il avait été le premier et très heureux bénéficiaire. Dès qu'il sut quitter son corps il alla aider aux travaux de méditation. Son témoignage vécu était très précieux; il aidait à se représenter les conditions mystérieuses et déroutantes régnant sur la lointaine Terre. Les cours des éolis d'Irizdar paraissaient en effet bien abstraits, tant ces conditions étaient bizarres. Algénio, à cette période, retrouva d'autres souvenirs, mais ce furent presque les derniers. Dans une scène particulièrement absconse, ⚠ il se voyait avec un grand animal terrien, couvert de poils, dans le même genre que ceux qui vivent près des pôles d'Aéoliah. L'ancien Algénio, avec d'autres de ses compagnons, le maintenait immobile, et il semblait que l'un d'eux ⚠⚠⚠ enfonçait un morceau de métal dans le corps de l'animal. Il en jaillit même un liquide rouge qui éclaboussa leurs jambes nues. Aucun éoli, dans toute l'existence d'Aéoliah, n'avait certes jamais vu du sang avec ses yeux de chair, mais ils connaissent pourtant fort bien son aspect, puisqu'il leur suffit, en astral, d'observer l'intérieur du corps physique d'un de leurs amis pour en connaître les plus infimes rouages, os, veines, organes. Mais le sens d'une telle scène était totalement incompréhensible et elle mit Algénio fort mal à l'aise quand elle lui réapparut. Algénio pensa que c'était sans doute là une manifestation de cette chose inconcevable qu'Adénankar appelait «le mal». Il était tout de même urgent de faire quelque chose. Heureusement la nature foncièrement optimiste et positive des éolis reprit magistralement le dessus, une fois pour toutes, et Algénio flanqua définitivement l'adversité au tapis. Il alla raconter ses souvenirs à l'assemblée au travail puis il les chassa de son esprit à tout jamais. Nous-mêmes n'en accablerons pas davantage le lecteur.

 

Remarque, sur l'emploi de ces signes * et ⚠, que vous avez déjà rencontrés ici ou là, en têtes de chapitres ou d'alinéa, au fil de ces pages.

L'étoile * c'est l'Espoir, c'est la Lumière. Elle indique donc des passages particulièrement poétiques ou agréables.

L'avertissement de danger ⚠ signale des scènes du mal, pour éviter aux âmes sensibles de se blesser en tombant dessus sans être prévenues. Le lecteur pourra donc choisir de les lire pour être instruit de certaines choses, ou de les sauter pour ne pas en être accablé.

 

Liouna, elle, s'était trouvée apte à aller sur la Terre parmi les premiers, ce qui n'est pas étonnant puisqu'elle faisait partie de l'équipe d'Adénankar depuis déjà longtemps. Pour la première expérience d'aide à un Terrien, avec Algénio, elle s'était proposée pour être sa compagne. On avait prévu qu'il en aurait grand besoin, et elle aussi car elle était une âme solitaire depuis longtemps. Elle avait donc poussé la compassion fort loin... De fait sans la silencieuse présence de Liouna, Algénio aurait eu bien du mal à surmonter sa maladie. Liouna, débloquée, put à nouveau sortir de son corps très facilement, sans toutefois retrouver beaucoup de souvenirs de son existence passée. Mais toutes les explications des éolis d'Irizdar lui parurent évidentes et leurs exercices faciles; elle en déduisait rapidement la suite. Par son expérience intuitive, elle fut d'une aide précieuse, notamment pendant les séances d'entraînement en astral.

Les autres nouveaux éolis étaient restés à l'écart de ces préparatifs, bien qu'ils vinssent parfois gonfler un peu l'égrégore, de loin. Seuls Anthelme et Elnadjine purent y participer, plus tard. Nellio, Aurora, et quelques autres du village étaient bien trop vulnérables. Aurora aurait pourtant aussi aimé aider, car elle avait un coeur grand comme ça; celui qu'elle portait en insigne, elle l'avait brodé elle-même, très grand, mais ainsi il cachait un peu l'étoile de la Sagesse... Elle se contenta d'assister de loin aux séances d'entraînement, en astral. Ce qu'ils allaient entreprendre, ils le savaient tous, était dangereux, même pour des âmes solides et entraînées. Ils risquaient la mort, certes, mais bien pire encore: être contaminés à leur tour et plonger dans un long cycle de ténèbres et de souffrances, où il leur faudrait trimer des siècles et des siècles pour dissiper les illusions et les distorsions du mal. Normalement cela ne devait pas arriver, mais, contrairement à ce qui se passe sur Aéoliah et sur toutes les planètes de Lumière, ils ne bénéficieraient jamais d'une sécurité absolue dans la zone terrienne, seulement d'une couverture relative. Ils réalisèrent que les habitants de la Terre avaient sécrété de puissants égrégores néfastes, capables, en concentrant leur force sur une seule âme, d'endommager gravement son corps énergétique. Il était important que des aides restent dans l'aura inexpugnable d'Aéoliah, prêts à tirer tout le monde au cas où... Le nombre de mesures de sécurité parlait de lui-même. Ils comprirent ces risques, mais pas un ne renonça.

 

 

L'équipe d'Adénankar escomptait bien trouver de l'aide parmi les éolis des villages; mais ils furent agréablement surpris d'une réaction aussi enthousiaste et énergique, plus qu'une aide, une collaboration active et responsable. Ils n'avaient en effet pu jusqu'à présent, faute de nombre, suivre un travail régulier sur la Terre elle-même. Mais maintenant, ce village allait donner une équipe entière, peut-être deux, capable de mener à bien le guidage minutieux et de longue haleine, qu'ils avaient projeté, de plusieurs Terriens tout au long de leur vie.

Vers la fin des préparatifs, Ozoard vint faire une conférence au village. Il expliqua où en était le plan d'évolution et de sauvegarde de la Terre. A cette occasion, nos amis découvrirent une autre facette d'Ozoard (Qui en comptait beaucoup, puisqu'il était très... facétieux!), un Ozoard précis et net posant magistralement ses explications, campant son sujet à grands traits lyriques, et vis à vis des Terriens, aussi impartialement dépourvu de tout ressentiment comme de la moindre complaisance.

Ozoard expliqua que l'équipe d'Adénankar était loin d'être unique: Des milliers d'autres, toutes volontaires, étaient déjà à l'oeuvre depuis des planètes amies, et ils avaient mis au point une formidable collaboration qui quadrillait toute la surface de la Terre. Depuis l'expérience de vie terrienne d'Algénio, les Terriens avaient fait progresser leurs techniques, et pour certains leurs âmes, mais il ne s'agissait que d'une minorité. En ce moment précis, dans la région visée par Adénankar, ils vivaient une période de (très) relative lumière, qui avait permis à certains secouristes des âmes de se montrer à eux physiquement, seul moyen disponible à cette époque pour les contacter pour leur parler et leur montrer les merveilles de la vraie vie.

(En se rappelant toujours que ce texte se passe environ en l'an 800)

Ozoard expliqua également les méthodes utilisées par les secouristes des âmes. Il était inutile d'essayer d'élaguer autoritairement le mal dans l'esprit des Terriens, comme cela se fait quelquefois des vieilles branches de certaines plantes. Il aurait tout simplement repoussé ailleurs, et cela tant que les Terriens n'auraient pas eux-mêmes le désir de Bien, tant qu'ils n'auraient pas accompli le nécessaire travail de purification. Surtout que, comme les lecteurs ont pu le constater, le simple fait d'expliquer à quelqu'un qu'il est dans le mal n'a souvent pour seul effet que de le mettre en colère, ce qui l'y enfonce encore davantage! Pour la même raison, il est généralement inutile, voire néfaste, de chercher à démontrer la vérité, ou de donner des preuves concrètes, sauf cas précis, car ils doivent d'abord aspirer eux même à connaître cette vérité en leur âme, par leur seule libre décision, par leur seule recherche, leur seul Amour de cette vérité. Le travail des Jardiniers des âmes se limite en fait à seulement être là au bon moment, et à proposer les bonnes idées, les bons sentiments, les bonnes vibrations, juste quand les âmes commencent à être réceptives. Parfois on peut faire un peu plus, mais...

Une autre raison de cette discrétion des Jardiniers des âmes est qu'il est très dangereux de s'immiscer dans les compliqués écheveaux de situations entremêlées que le mal des Terriens secrète sans arrêt. Ils risquent en effet de s'y trouver empêtrés à leur tour... Aux murmures de l'assemblée, Ozoard (C'était un orateur hors pair) répondit que cette marge de manoeuvre très restreinte, si elle ne permet que trop rarement aux Jardiniers des âmes de résoudre eux-mêmes les problèmes et malheurs de la Terre, les laisse toutefois libres pour l'essentiel: l'éveil des âmes de leurs élèves Terriens. Cet éveil, en lui-même, suffit à anéantir ces problèmes sans avoir à les résoudre. De toute façon l'influence des Jardiniers des âmes sur les conditions environnant leurs protégés est tout de même notable, surtout avec l'aide des anges gardiens de la Terre. Mais les interventions matérielles directes éventuellement nécessaires sont elles du ressort des Gardiens Cosmiques, qui, on s'en doute, jouent un rôle très important dans le sauvetage des planètes où sévit le mal. Même ainsi, les Gardiens Cosmiques se font très discrets: généralement ils ne laissent aucune trace tangible de leur action, et quand, exceptionnellement, ils interviennent au vu et au su d'un Terrien, ils s'arrangent pour que les autres n'en aient aucune preuve. Mais ces précautions draconiennes n'ont aucunement pour but d'interdire aux Terriens de bonne volonté de connaître l'existence des aides cosmiques, si cela leur est agréable de savoir que des êtres bénéfiques oeuvrent pour leur guérison!

Une parenthèse ici, ami lecteur, qu'Ozoard ne pouvait évidemment pas faire: Il ne faudrait pas s'imaginer que les Gardiens soient une sorte d'«armée» des puissances cosmiques! Bien au contraire, loin d'eux l'idée de guerre ou de conquête. Mais ils disposent tout de même de moyens considérables dont ils usent avec énormément de discrétion, en accord avec les tréfonds de la Source de Vie universelle ou de la Hiérarchie des Gardiens du Plan de Sauvetage de la Terre. Quelquefois, il faut ce qu'il faut... Une intervention «chirurgicale», un humain pour qui une preuve sera salutaire, un événement qui ne doit avoir lieu à aucun prix, un Terrien à évacuer de la Terre avec son corps... Les Gardiens Cosmiques sont là, et toute leur force avec eux. On les appelle aussi les Réparateurs, car ils savent réparer les bonheurs brisés, ou les Chevaliers du Cosmos, car comme nos antiques ordres de chevalerie, ils ont fait voeu de protéger les innocents quels qu'ils soient.

 

 

Vint enfin le temps de la première expédition des éolis. C'était vers le milieu de la nuit, plus favorable au voyage astral, avec une obscurité et un silence fort bienvenus, même pour les éolis qui ont pourtant bien mieux que nous la faculté de se fermer yeux et oreilles pour se concentrer à l'intérieur. Les participants arrivèrent petit à petit, avec leurs couvertures étanches à la rosée, car elle commence à se condenser à cette heure plus fraîche de la nuit. On parlait peu. Le moment était grave, car, peu après, les secouristes des âmes partiraient pour un monde inconnu, incertain et dangereux. Il était tout à fait possible que certains n'en reviennent pas, et même que l'on ne les revoie plus jamais dans cette vie. Il y avait huit partants, dont Liouna et plusieurs autres qui laissaient leur compagne ou leur compagnon. Mais chacun s'acquittait du rôle choisi, sans une hésitation ni un temps mort. Quelques-uns plaisantaient, mais tous ne riaient pas, loin de là.

Enfin, quand tout le monde fut calé et couvert, le silence qui s'établit donna le signal du départ. La place du village était maintenant obscure et silencieuse, et les silhouettes couchées ou assises en rond paraissaient pétrifiées dans l'obscurité. Mais dans l'astral régnait une lumineuse activité, le temps que chacun se retrouve bien. Un spectateur dans l'astral aurait vu les huit partants, leurs formes évanescentes entourées d'auréoles vibrantes, lumineuses, et avec eux plusieurs autres éolis qui avaient le don précieux de rester «l'oeil dans l'astral et le pied dans la matière» et dont le rôle serait de faire le guet. Adénankar, lui, restait pour harmoniser l'égrégore de soutient, plus de cent éolis en méditation sur la place. Liouna n'était pas seule à diriger le groupe des secouristes des âmes, puisque quatre de l'équipe d'Adénankar, venus en astral depuis Irizdar, les y attendaient déjà pour partir. Ils ressentirent également sur eux plusieurs autres regards inconnus...

Il y eut un moment d'hésitation, le seul: dans l'astral les émotions de toutes sortes les atteignaient plus directement et, il faut le dire, ils avaient peur. Il leur fallu se réaligner sur la Sérénité avant de partir; heureusement leur entraînement leur permettait de le faire rapidement. Sinon il aurait mieux valu rester: la peur est le meilleur moyen de s'attirer des ennuis, surtout dans l'astral. Le groupe se resserra en sphère, solide comme un roc, puis commença à s'élever lentement, sans qu'aucun ne renonce. Arrivés à hauteur de l'anneau planétaire, ils firent la pause traditionnelle de tous les éolis qui s'en vont en voyage hors de leur chère planète. Des millions d'autres éolis partant et revenant sans cesse, formaient dans l'astral un second anneau brillant et chatoyant, un anneau de vie, de gaieté, de gentillesse, de Poésie. Et les secouristes des âmes, comme à l'accoutumée, admirèrent, en s'éloignant doucement, leur si beau paradis. Cette gaieté, cette Poésie, cette planète aimée, leurs gentils compagnons tant chéris, ils risquaient de ne pas les revoir. Ils s'en imprégnaient donc particulièrement bien.

Ils survolaient le côté nocturne, mais vers l'Ouest de ce disque obscur les continents et les océans Aéoliens étaient phosphorescents de fleurs-lumière et d'algues-lumière. Le bord noir du disque se frangea de bleu, puis de rouge lumineux et le Soleil en émergea brusquement dans une gloire de lumière. Comme ils contournaient Aéoliah en une vaste boucle, la planète leur apparut pleinement éclairée, déjà petite, mais si belle! Enfin ils foncèrent dans l'espace intergalactique obscur, à la vitesse de la pensée et, se visualisant à côté de la Terre, ils s'y retrouvèrent instantanément, ensemble grâce à leur profonde harmonisation. La Terre était effectivement aussi belle qu'Aéoliah, avec sa Lune compagne orbitant paisiblement autour. Ils en avaient de la chance, les Terriens, de voir ainsi une autre planète à l'oeil nu, simplement en levant le nez. C'était sans doute pour leur montrer clairement qu'il y a «autre chose».

A nouveau ils eurent une émotion: les choses sérieuses commençaient. Les anciens de l'équipe d'Adénankar ne montraient quand à eux aucune perturbation dans leur aura. Pas un ne regarda en arrière. Pourtant, si ils l'avaient fait à ce moment... Mais ils étaient déjà dans la zone de protection relative.

Ils approchaient maintenant et l'action chassa la tentation de la peur. Il fallut franchir la barrière psychique au niveau des ceintures de Van Allen, et ses seuils de protection, gardés par des anges sereins mais vigilants. Ils ne virent pas vraiment ces anges, qui n'ont pas forcément d'apparence. Mais ils échangèrent une sorte de «Nous sommes les éolis d'Aéoliah, nous venons pour le secourisme des âmes, et nous en sommes capables». Maintenant qu'ils étaient connus, ils pourraient passer comme ils le voudraient. C'était un peu comme à l'entrée d'une usine dangereuse, où on leur aurait accordé un droit de passage.

Dès ce moment ils surent que les choses ne se passaient pas comme prévu. Encore une fois les Jardiniers des âmes avaient eu trop confiance en leurs protégés, et ils avaient voulu aller trop vite. ⚠ L'empereur Charlemagne avait promulgué des édits cruels comme de ⚠⚠⚠ brûler ou de noyer tous les habitants de l'Empire Franc qui avaient rencontrés des êtres surnaturels, tous assimilés en vrac à des démons. Certains protégés des Jardiniers des âmes avaient trop parlé de leurs rencontres avec les messagers du ciel, et ils payaient un lourd tribut à l'ignorance et au fanatisme! La Terre était encore loin de sortir de la barbarie. C'était une catastrophe, qui ruinait plusieurs décennies de travail. Du moins dans le plan des formes. C'était aussi une urgence, parmi les anges gardiens. Ils reconnurent alors, à la stupéfaction des éolis, que ces derniers s'étaient magistralement préparés et qu'ils pouvaient descendre tout de suite; du reste il y avait urgence, en bas. Ce qui explique sans doute que les si bons et si diligents anges gardiens ne prirent pas la précaution de vérifier chacun des éolis du groupe. Mais on était en zone de sécurité de plus en plus relative, dans le feu de l'action et de l'urgence, et là où on allait maintenant, chacun ne pourrait plus compter que de sa propre vigilance.

⚠⚠⚠ Les éolis tombèrent en pleine scène d'horreur, de meurtre et de bûcher, dont on épargnera les détails au lecteur. Comme on l'a vu, même en de si graves circonstances, ils n'avaient guère le pouvoir d'intervenir physiquement pour empêcher le massacre. La seule chose à faire était d'aider les malheureux à transiter, atténuer leurs souffrances, désamorcer la peur panique que les Terriens ont de la mort, et surtout préserver au mieux les acquis de leur évolution récente. Il fallait surtout agir très vite, en quelques secondes, aussi un spécialiste prit la direction des éolis pour se charger d'une jeune femme: ils purent lui parler dans son for intérieur et lui éviter la terrible douleur du feu. Une bouffée d'oxyde de carbone l'envoya dans l'astral, infiniment étonnée et encore toute palpitante de terreur. C'était comme à une sorte d'accouchement... dans l'autre sens. Et fort prématuré, croyez moi. Aussitôt cette fragile créature fut aspirée vers le haut par ses anges protecteurs. C'est à cet instant que les éolis...

Aurora aurait dû être en train de dormir paisiblement dans son poétique potiron Aéolien, dans les bras de son Nellio, parmi leurs tendres châles roses. Mais, curieuse, elle était sortie en astral elle aussi pour regarder de loin le départ. Elle voulait voir sa tendre amie Liouna, et elle la vit, son aura flamboyante du beau rouge de l'action et de l'intrépidité. Aurora était fascinée. Elle les avait déjà observés ainsi pendant leurs exercices, en évitant de les déranger, si bien que sa présence ne fut pas remarquée. Elle les avait suivis... Seule l'entrée d'Aéoliah est contrôlée, pas la sortie, comme c'est généralement le cas sur les planètes enchanteresses dont les propres habitants n'ont nul besoin d'être surveillés. Elle n'était absolument pas préparée, ignorant totalement ce que pouvaient être la souffrance et les ténèbres, avec seulement une très vague idée de ce qui l'attendait,. Ainsi son jeunes corps énergétique inexpérimenté ne ressentit pas le pincement au coeur qui signale l'approche de la Terre. Elle entra en zone de sécurité relative juste derrière le groupe, trompant ainsi involontairement la surveillance des anges gardiens. Sentant l'appel de l'urgence, son grand coeur répondit, mais sa trop courte existence sur Aéoliah n'avait pas permis à son corps énergétique d'intégrer ce que son cerveau y avait appris. Un grand coeur cachant l'étoile de la Sagesse... Oubliant toute prudence, se précipitant pour aider elle aussi, elle se retrouva complètement perdue dans la purée que nous venons de voir. Que se passa t-il alors? Isolée, elle fut une proie facile pour l'horrible égrégore noir qui émanait de la foule malade, vociférante. Sans doute a t-elle tenté, abominable imprudence, de se rendre compte des sensations et des sentiments qui vibraient dans l'esprit d'une des victimes, ou pire encore dans celui d'un des assassins. Là étaient les véritables ténèbres... Ne comprenant pas encore ce qui arrivait, elle persista plusieurs dixièmes de secondes. Réalisant enfin, elle lança un pathétique «A l'aide», mais trop tard.

Les guetteurs restés sur Aéoliah firent le signal, et les cent méditants tirèrent aussitôt la «corde» abstraite qui assurait le groupe plongé sur la Terre. La place silencieuse aux noire silhouettes figées se mua instantanément en un tohu-bohu: tous avaient réintégré leurs corps physiques fort brutalement. Ce fut ensuite une grosse confusion: tout allait bien chez les secouristes, qui donc avait appelé? Les guetteurs durent chercher à se souvenir, ce qui ramena un silence relatif. Chaque guetteur passa dire un nom à l'oreille d'Adénankar, qui passa de l'étonnement à la plus extrême gravité. A la fin il prononça «Aurora». Les éolis se regardèrent, incrédules. Puis deux s'envolèrent avec Adénankar et Liouna en direction du potiron d'Aurora et Nellio. Dans l'obscurité presque complète à cette heure, ils évitèrent juste de se cogner face contre Nellio qui montait précipitamment vers la grande place: heureusement que l'ouïe des éolis leur permet de voler dans le noir. Arrivés dans la chambre d'Aurora, il la trouvèrent, immobile, qui les regardait sans expression. Elle prononça le nom de Nellio, puis des paroles qui se rapportaient incontestablement à ce qu'ils venaient de vivre sur la Terre. Merci à la Source Universelle de vie, elle était revenue. Mais dans quel état!

 

Le lendemain, le village avait repris son aspect normal, mais les éolis ne riaient pas. Certes les secouristes des âmes avaient montré leur capacité à agir efficacement et leur première sortie avait été une réussite, surtout avec la situation (heureusement extrême) qu'ils avaient eue à affronter. Ceux qui auraient encore douté savaient maintenant que les histoires de la Terre n'étaient pas des blagues, mais bien de terribles dysréalités. La plupart des éolis n'avaient pu imaginer pire, comme mal, qu'un fruit pourri tombant sur la figure, ou qu'une plaisanterie trop appuyée...

La sécurité des secouristes eux-mêmes avait également été parfaitement assurée, mais ce succès avait été terni par l'incroyable imprudence d'Aurora.

Elle ne s'était pas levée, et elle restait dans son lit, le regard vide, dans les bras de son Nellio qui ne l'avait pas lâchée. On mit un moment à comprendre ce qui s'était passé, et il fallu même retourner voir les anges gardiens de la Terre pour apprendre qu'Aurora les avait suivis. Ces gardiens furent très peinés d'apprendre leur erreur, et ils durent avouer que cela arrivait malheureusement, parfois... Dans la zone d'influence d'une planète où sévit le mal, aucune sécurité n'est infaillible, malgré toutes les précautions qu'il est angéliquement possible de prendre. Mais ces gentils gardiens félicitèrent aussi chaudement les éolis pour leur aide; dans l'opération de la veille, seul un des humains avait réellement souffert: on n'avait pas pu l'aider car il s'était enfermé dans la haine pour ses bourreaux. Il fallait maintenant laisser prudemment cette émotion se dissiper, avant de pouvoir le guider dans les premières étapes de sa nouvelle vie abstraite. La jeune femme qu'ils avaient aidée était très heureuse maintenant, surtout qu'elle avait retrouvé son cher compagnon également assassiné quelques jours plus tôt. Mais ils n'étaient pas encore assez évolués pour quitter la Terre: ils renaîtraient dans une contrée plus douce et plus avancée que l'Empire Franc, par exemple chez certains indiens d'Amérique du Nord, à qui des vaisseaux cosmiques rendaient quelquefois visite car ils étaient pacifiques et de bonne volonté. Ils représentaient l'idéal de vie auquel la jeune Terrienne et son compagnon avaient aspiré juste avant d'être si sauvagement massacrés. Ils pourraient maintenant assimiler cet idéal en profondeur, tranquillement, car l'invasion de l'Amérique ne serait pas encore avant plusieurs siècles.

Comme on l'a vu les éolis sont foncièrement optimistes et positifs; le village redevint actif et harmonieux, mais pas vraiment gai. L'état d'Aurora ne semblait pas s'arranger. On était parvenu à faire manger Nellio, mais elle refusait. Or le corps éoli, léger et dépourvu de réserves, ne peut vivre plus de quelques jours sans manger. Nellio le savait. Leur bonheur allait-il ainsi partir en fumée?

Il s'écoula ainsi trois jours. La peau d'Aurora devenait translucide et rougeâtre, car elle épuisait rapidement les réserves de glycogène qui lui donnent son fond clair. La troisième nuit, Nellio, qui n'avait pas dormi de tout ce temps, sentit que le sort d'Aurora était scellé. Il n'eut jamais le coeur de demander ce qui s'était passé exactement cette nuit-là, et ne le sut que longtemps après, par des bribes de conversations.

Adénankar et son équipe avaient humblement compris que leur compétence était dépassée. Ils avaient fait appel à plus haut dans la hiérarchie des règnes vivants. Il y eut une brève réunion, dans un plan abstrait. Le diagnostic tomba: Aurora avait faussé et endommagé ses corps subtils. L'âme d'Aurora, merci encore à la Source de Vie universelle, était restée innocente, mais elle était contaminée et il lui faudrait longtemps pour se réparer. Son corps énergétique était comme voilé et désaligné, hors de prise de l'âme, plusieurs connexions rompues d'avec le corps physique. Ce dernier n'avait pas souffert, mais, privé d'énergie subtile, il ne pouvait plus se régénérer et, même si Aurora mangeait, le processus de vieillissement s'enclencherait, et détruirait son corps physique en quelques mois. Et si Aurora se désincarnait maintenant, Nellio la rejoindrait rapidement, car les éolis ne peuvent survivre sans les échanges d'énergie et de tendresse dans leur couple. L'âme de Nellio risquait alors d'être entraînée à son tour dans les divagations de celle d'Aurora.

Mais de cela il n'était absolument pas question: jamais Aéoliah n'abandonnerait ses enfants.

Les décisions désagréables mais inévitables furent prises et appliquées immédiatement. C'était l'heure où presque tous les éolis et les animaux dorment, quand l'anneau naissant au levant annonce l'aube encore lointaine. Nellio veillait; il n'était pas vraiment malheureux, puisque les éolis ne captent pas les sentiments désagréables. Il prenait la situation avec une désarmante absence de tout signe de chagrin. Mais son âme était elle catastrophée, et de cela une ombre épaisse planait sur sa conscience. Soudain il sentit le sol vibrer doucement. Ce n'était pas un frisson d'Aéoliah, car cela durait. Il en était à se demander ce qui arrivait quand Aurora, comme mue par une autre volonté, se leva, engourdie, passa sa plus belle robe violette, et sortit. Nellio la suivit. Il ne comprit pas tout de suite la scène. Ils étaient dans la petite cour de mousse mauve, vous vous rappelez, auprès de la longue courge d'Anthelme. Il y avait des silhouettes d'ombre dans la nuit: Adénankar et plusieurs autres qu'il ne connaissait pas. Et aussi une autre silhouette, pâle celle là, qu'il reconnut même sans jamais l'avoir vue: Milarêva! Elle mit une main sur l'épaule de Nellio, qui fut immédiatement subjugué par la puissante et émouvante chaleur humaine qui en émanait.

Aucune parole ne fut prononcée. Dans le ciel nocturne se découpait une large forme ovale obscure. Au-dessus du buisson se penchait un humain grand comme nous, gigantesque pour les éolis. C'est son pas qui avait fait vibrer le sol. Du vaisseau cosmique jaillit soudain un éclatant faisceau de lumière, sans source visible. L'humain apparut éclairé: il avait la peau bleue, très bleue. Sans aucun préliminaire il posa devant Aurora le petit berceau en osier enfroufrouté de velours rose. Aurora, comme téléguidée, y grimpa pour s'y allonger. L'homme bleu reprit alors le berceau dans ses mains et le porta à son coeur. Il fit à Nellio un sourire navré. C'était un Gardien Cosmique: pas question pour lui de trier ses sentiments, et il la ressentait douloureusement, lui, la tristesse. Il pencha le berceau en pleine lumière. Aurora tendit la tête de côté pour regarder une dernière fois son Nellio aimé, et ils virent couler la larme.

Après un instant très court et très long à la fois, l'homme bleu et son précieux fardeau s'éleva dans les airs, comme aspiré par le vaisseau. A peine y fut-il entré que tout disparut instantanément sur place dans le ciel étoilé. Milarêva, après une dernière étreinte, retira doucement sa main de l'épaule de Nellio, et tous filèrent furtivement, laissant Nellio immensément seul. Il gardait sur son épaule le brûlant souvenir de la main parfumée de Milarêva, comme si elle le serrait toujours. Elle lui avait donné toute sa merveilleuse compassion, qui lui permit de supporter... et le fit dormir jusqu'au lendemain midi.

 

Le village reprit sa vie normale, et les éolis leur gai bonheur. Il n'aurait servi à rien de se taper la tête aux potirons à propos d'Aurora. Le secourisme des âmes n'avait pas à être abandonné: il continua, avec d'autres précautions inspirées de l'expérience durement acquise. Nellio resta moins actif, avec moins d'initiative. Il serait mort rapidement, seul sans sa compagne, et aurait dérivé lui aussi, et c'est ce qu'il fallait surtout éviter. La nuit d'après le départ d'Aurora les Gardiens Cosmiques revinrent aussi discrètement, pour installer la pyramide; Nellio y habita désormais, laissant son potiron rose à Algénio et Liouna.

La pyramide avait les arrêtes un peu arrondies et elle se cachait sous un arbuste, car une construction anguleuse, ça jure drôlement dans un paysage Aéolien. Elle était un peu à l'écart du village, vers le haut; on pouvait y accéder discrètement de la forêt. Nellio s'y sentit bien: elle contenait un transmutateur d'énergie qui devait lui permettre de vivre sans la douce chaleur de sa compagne. Privé même de toute communication télépathique, il dut apprendre à se faire à cet immense silence. Il dormait là de longues nuits, et pas question d'aller se balader en astral. De temps à autres il y recevait la visite de Milarêva.

Quant à Aurora, vous avez certainement compris que ce fut elle l'infortunée pensionnaire de la crypte d'Uhluhlorah. Réparer ses véhicules inférieurs aurait été de la routine pour les Gardiens Cosmiques, mais pour son âme c'était une autre affaire.

 

 

Les Jardins d'Aéoliah

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Scénario, dessins, couleurs, réalisation: Richard Trigaux.

Pour les archives Wayback Machine d'avant Mai 2024, cherchez l'ancien URL:
https://www.planet-eolis.net/nav/eolinav.php?index=1009&lang=fr&e=f

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