Naufragée Cosmique        Chapitre 10       

Chapitre 10

Reflexions

Une année passe ainsi dans cette situation ambiguë.

Brigitte vient moins souvent à Peyreblanque, pour tout un tas de raisons. Il y a l'hiver, le froid, la neige qui l'en dissuade. La montagne est rude, l'hiver. Mais aussi, insensiblement, Frédérique l'influence. Il suggère que sa présence peut gêner pour les stages et les visiteurs, ou bien qu'il vaut mieux ne pas perturber l'intimité de leur couple. Ce qui est archi-faux: ceux de Peyreblanque apprécient beaucoup la présence discrète et chaleureuse de Brigitte, mais ils ne peuvent chercher trop ouvertement à la faire venir. Il n'est pas à un mensonge près, le Frédérique. Et Brigitte, qui ressent parfaitement les ambiances, supporte mal le désaccord entre Peyreblanque et Frédérique.

Mais lui se garde bien d'en dire l'origine! Laissant ainsi Brigitte aux prises avec les plus folles hypothèses. Au contraire, de temps à autres, il raconte quelques histoires sur leur dos. Souvent vraies, d'ailleurs. Aucun des habitants de Peyreblanque n'est parfait, ni n'a la prétention de l'être. Il leur est arrivé, à chacun, comme à tout le monde, de commettre des gaffes, des bêtises. Dans la bouche de Frédérique, cela devient des magouilles, des symptômes révélateurs, de graves problèmes psychologiques. Habile, il ne dénigre pas ouvertement Peyreblanque, n'invente pas quelque grossière calomnie qui pourrait mettre la puce à l'oreille de Brigitte. Il les montre plutôt comme des enfants, des êtres pas mûrs, qui jouent à des choses qu'ils ne connaissent pas, et font parfois du mal par stupidité.

En dehors des stages, Peyreblanque reçoit des visiteurs, des séjournants. Il arrive que certains d'entre eux soient en désaccord avec les résidents, voire se fâchent. Quand les échos de telles disputes arrivent jusqu'à la maisonnette de Frédérique, ils sont très sélectivement amplifiés: «Tu vois ils n'ont pas su comprendre Ludwig. Ludwig pense que les épreuves et la souffrance sont nécessaires au développement spirituel. Ils n'ont pas été assez tolérants avec lui, ils n'ont pas accepté sa vérité.»

En réalité, heureusement, la plupart des visiteurs repartent de Peyreblanque avec plus d'idéal, plus de Sagesse, ou plus de force pour surmonter leurs épreuves. Mais ces visiteurs-là, Frédérique n'en parle pas; ils n'existent pas pour lui, ils ne sont pas dans «sa vérité».

Une autre raison qui immobilise Brigitte, c'est le travail que lui donne Frédérique. Il lui faut maintenant taper ses lettres à la machine, car il a une écriture brouillonne et toute en barbelés, qui serait sans doute très révélatrice à un véritable graphologue. Mais cela ne suffit pas: il se mêle de littérature et pendant des heures elle doit déchiffrer ses péroraisons embrouillées. Ah, si Brigitte avait vraiment lu, comme elle aurait été horrifiée de la façon dont il brouille les cartes, de son habileté à mêler le Bien et le mal, pour mieux faire accepter ce dernier! Et c'est ce genre de discours tordus et ambigus que les débutants prennent pour de la grande sagesse! Que de temps perdu, que d'énergie gaspillée, que de souffrances inutiles!

Elle déniche tout de même, entre la Terre creuse et les frasques des maîtres version Frédérique, quelques petites phrases sonnant assez désagréablement à ses oreilles. Oh on ne va pas les commenter toutes, il n'y aurait plus de place dans ce livre pour les jolies choses. Prenons juste un exemple:

«Les maîtres spirituels n'ont pas de morale».

Au stade où elle est rendue, Brigitte connaît beaucoup de choses, par ses lectures et ses discutions avec les gens de Peyreblanque. Bien sûr Frédérique lui a fait avaler un bon nombre de fadaises, mais essentiellement anecdotiques (ses vies antérieures, ses théories sexuelles...) car on s'en doute, il est loin de pouvoir maintenir une discussion un tant soit peu profonde sur des sujets véritablement spirituels. C'est une chance, car ainsi il n'a pu polluer que superficiellement le mental de Brigitte, sans pouvoir s'attaquer à sa profonde faculté de jugement.

Mais voyons cette histoire de morale des maîtres. On trouve effectivement des textes d'où l'on pourrait extraire des chaînes de mots telles que «les maîtres n'ont pas de morale», ce qui, pris hors contexte, semble signifier que les maîtres sont libres de faire n'importe quoi, bon ou mauvais, comme il leur passe par la tête. Et c'est bien ce qu'a voulu dire Frédérique, suffisamment malin pour ne jamais affirmer directement qu'il est un maître, mais sans jamais manquer de s'assimiler implicitement à eux.

 

Mais Brigitte a une vue un peu plus aiguë de la chose, depuis son monologue sous les étoiles dans le village de sa Mère Grand, où, l'on s'en rappelle, elle avait d'abord rejeté toute morale formelle, pour reconnaître ensuite que la question n'était pas si simple.

On ne peut faire n'importe quoi dans la vie. Certaines paroles, certains gestes, font du Bien aux gens, les aident à être eux-mêmes, ou au contraire, font souffrir, détruisent des expressions. C'est pour s'y retrouver que l'on a inventé la morale. Eviter de la souffrance est vraiment la seule motivation qui vaille pour accepter de supporter des règles de morale et des lois, toujours peu ou prou voleuses de liberté.

Malheureusement cela ne semble pas toujours être la véritable motivation de certains systèmes prétendument moraux qui appellent ouvertement à l'exploitation, à la soumission, au meurtre, comme ce «Travail Famille Patrie» de sinistre mémoire, et ces tabous absurdes ou cruels qui de par le monde créent encore tant et tant de souffrance inutile... De telles pseudo-morales ne sont que des systèmes de croyances dogmatiques et arbitraires, dangereuses épaves à la dérive, qui se perpétuent envers et contre les douloureuses absurdités auxquelles ils mènent. Ce sont ces tabous arbitraires, souvent idiots, qui ont entraîné la contestation de la morale, par exemple par les Libertins, et plus récemment en Mai 1968. Brigitte avait allègrement emboîté le pas avec ses amis de faculté, avant de se douter qu'il devait tout de même exister quelque référence universelle à ne pas rejeter trop précipitamment avec l'eau sale de ce bain.

 

Mais même si avec une parfaite honnêteté et sincérité nous tentons de bâtir un système de morale Aristotélicien idéal, alors nous nous heurtons à trois grosses difficultés.

La première est que tous les aspects de la vie humaine ne peuvent être appréhendés par une simple observation matérielle, extérieure. En particulier les plus importants d'entre eux, intentions, sentiments, esprit, âme, ne sont essentiellement pas des faits concrets observables, sur quoi se fier pour trouver une ligne de conduite. Un exemple simple est celui du client qui oublie de présenter un article à la caisse. La loi dit qu'il y a vol seulement si il y a intention. Or voilà: une intention est inobservable par aucun moyen matériel! Comme les juges sont rarement des médiums extralucides, ils sont bien obligés de rentrer dans un domaine humain, sensible, immédiat et non-formel, de se fier à leur sensibilité.

La seconde limitation des systèmes de règles aristotéliciennes (lois ou morale) est celle de la gradation. Par exemple, entre une agression sexuelle brutale et l'amour pur et sain, on peut rencontrer dans la réalité toute une série de cas intermédiaires: simple menace, influence, consentement retiré a posteriori... C'est comme en peinture un dégradé où l'on passe continûment d'une couleur à une autre totalement différente. A quel moment mettre la barrière? La gradation joue sur le degré, la quantité, mais également sur la signification elle-même des mots. La question est d'importance, et incontournable, car le fait de vouloir faire tenir dans de propositions en tout où rien ce qui ne peut pas y tenir est générateur de bien des souffrances totalement inutiles.

La troisième limitation aux systèmes de règles est plus embêtante encore: Il existe une infinité de situations, et même une infinité de sortes de situations. Or l'Infini est foncièrement inclassable, farfelu et irrationnel: il faut un nombre infini de règles pour le décrire en entier. Et une vie humaine entière ne suffit plus depuis longtemps à seulement lire une fois l'ensemble des textes de lois!

(Note de l'auteur: j'ai simplifié ce passage sur la morale, par rapport au long développement original. Les résultats les plus récents sont présentés de manière plus didactique dans la sixième partie de mon livre «Epistémologie Générale».)(En fait c'est ce chapitre des éolis qui a été à l'origine de mon livre sur l'épistémologie)

 

Pour ces trois raisons, il est impossible de faire une loi qui soit toujours juste: que ce soit pour diriger les autres ou pour se diriger soi-même, il faut tôt ou tard se passer de toute convention, qu'elle soit juridique, morale ou religieuse, et consulter notre Sensibilité humaine, l'intuition, le coeur, l'âme, les fleurs, les mésanges ou les étoiles... Et certaines personnes le font, passant outre les lois de la société humaine. On en fait alors des héros, des précurseurs... Une fois qu'ils sont bien assassinés.

Tout cela nous a entraîné apparemment bien loin des idées de Brigitte sur la morale des maîtres. Mais avec ce qui précède, il est maintenant facile de comprendre pourquoi la véritable morale cosmique, et particulièrement celle des maîtres, ne peut pas être décrite dans un livre: Elle ne peut pas tenir dans des propositions en tout ou rien (dites Aristotéliciennes). Même notre langue trop rigide ne s'y prête pas. Le mieux pour la faire comprendre, est de la montrer en action, comme dans cette histoire.

 

Imaginons un maître parfait, qui aurait développé un don de clairvoyance: dans chaque situation, il saurait directement ce qui est bon ou pas. Il n'aurait pas besoin de suivre des règles de morale toutes faites pour rester dans le Bien, puisqu'à chaque seconde il connaîtrait les conséquences exactes de ses paroles et de ses actions, et pourrait toujours s'en abstenir si elles sont néfastes. Même, comme il se trouve toujours des situations où l'effet d'une règle ou d'une loi formelle serait maléfique, elles restreindraient notre maître dans son respect du Bien! Il existe des actions en général néfastes, mais qu'il accomplirait dans certains cas justifiés, ou des devoirs dont il s'abstiendrait parfois, sans qu'une personne ordinaire ne puisse savoir exactement quand ni pourquoi.

En cela on peut effectivement dire qu'un maître idéal n'aurait pas besoin d'un système de règles de morale pour rester dans le Bien. Mais il ne tombe pas pour autant dans l'amoralité, et encore moins dans l'immoralité. Même sous prétexte de se libérer de fausses morales perverties. Simplement ils n'a pas pour cela besoin de règles de morale préétablies. C'est cette situation nuancée qu'a voulu signifier l'affirmation «les maîtres n'ont pas de morale». Mais cette expression est bien trop ambiguë, et il vaut bien mieux ne pas l'utiliser!

Mais les personnes réelles sont rarement clairvoyantes pour connaître les conséquences exactes de toutes leurs actions. Ainsi Brigitte, qui a tout de même acquis une certaine compréhension et surtout une certaine intuition, a adopté une attitude plus à sa portée: elle suit une morale à base spirituelle, quitte à parfois s'en éloigner si une intuition, ou si l'évidence le lui indique, toujours dans le but de se rapprocher davantage du Bien idéal. Cela lui laisse parfois d'embarrassantes incertitudes, mais il faut bien savoir se mouiller, s'engager, payer de sa personne pour témoigner de nos choix... Il n'y a que celui qui ose chanter qui risque de faire des fausses notes.

Bien qu'une morale à base spirituelle soit fondamentalement soumise aux mêmes limitations que les autres, il ne faudrait pas pour autant en déduire qu'elle serait ambiguë ou inefficace. Pensons au fameux «Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse», précepte suffisamment parlant pour rester valable dans les situations les plus inattendues! En cherchant un peu, les enseignements des Evangiles, du Tao ou de Bouddha sont assez difficiles à prendre en défaut, pour peu qu'on en retienne bien l'esprit profond et non la lettre folklorique. Et qu'une dose d'intuition et de Sensibilité vienne l'assouplir.

 

 

On ne peut faire rentrer de force tous les enseignements spirituels dans des propositions logiques Aristotéliciennes en tout ou rien. Si on tente de le faire, il apparaît alors des contradictions, des paradoxes, voire des non-sens. On ne peut les appréhender que par la méditation. C'est pourquoi les véritables enseignements sont transmis par des expériences spirituelles que l'adepte doit vivre lui-même. Ceci est un point important, pour ne pas voir des paradoxes ou des contradictions entre les différentes morales et enseignements spirituels. Un autre point est qu'il ne faut pas s'attacher à un système donné, et encore moins avoir «notre» idéologie. Nous ne devons pas opposer artificiellement de tels systèmes entre eux, mais au contraire accepter qu'ils nous semblent parfois mener à des paradoxes. Ces paradoxes n'existent pas: ils sont seulement une apparence due aux limites de la pensée Aristotélicienne. (Voir plus sur la pensée non-conceptuelle au chapitre I-9 de mon livre «Epistémologie Générale».)

 

Mettons-y par exemple un peu de non-dualité, de dialectique Yin-Yang, une dosette d'intuition, un bon paquet de méditation, arrosons de bon sens pratique, et tout se résout très élégamment!

En gros, dans une dialectique Yin-Yang, on a deux propositions (opposées d'après la logique Aristotélicienne, ou plus précisément le dualisme), par exemple chaud☯froid, masculin☯féminin, actif☯réceptif, etc. Un peu de méditation permet de comprendre que ces deux sont en fait inséparables, et s'expriment simultanément. Même quand l'un se trouve à dominer, l'autre reste implicite et nécessaire. Cela ne paraît «illogique» et «contradictoire» que si on tente de mettre les ananas ronds dans des boîtes carrées (appliquer un raisonnement Aristotélicien à quelque chose qui ne l'est pas). Il existe de nombreuses dialectiques Yin-Yang importantes pour la société: rigueur☯mansuétude (à la base du fonctionnement de la Justice), innovation☯stabilité (qui gouverne les changements politiques), discipline☯liberté, etc. La dialectique Yin-Yang est également à la base de notions importantes comme la voie du juste milieu. (Les réflexions détaillées qui suivaient sur la logique non-Aristotélicienne ont également été déplacés vers la première partie de mon livre «Epistémologie Générale»).

 

Attendez un peu, amis lecteurs, avant de penser à ce qu'éprouve Brigitte dotée d'une si subtile pensée quand elle découvre les grossières approximations, les simplistes certitudes de Frédérique, mêlées dans tout un enrobage apparemment très savant, très spirituel, mais qui ne supporte aucune analyse.

C'est comme si, entrant dans un musée de peinture, elle y trouvait des barbouillages, ou des pouets dans une salle de concert. Alors en toute simplicité Brigitte en conclut que Frédérique ne sait pas tout. C'est étonnant de sa part, mais il est comme les livres spiritualistes: beaucoup de choses justes mêlées à un peu de faux. Il suffira de le lui expliquer. Entre spiritualistes, entre consciences, cela ne peut poser aucun problème, et il sera très certainement très avide de découvrir ce que Brigitte a appris de son côté. Et puis c'est son intuition qui la guide, aussi il ne peut que l'écouter.

Alors Brigitte entreprend Frédérique. En de longues discutions (encore pour ne pas aller à Peyreblanque) elle lui explique tout. La dialectique Yin-Yang, la morale intuitive, l'intuition... Frédérique l'approuve, l'écoute, fait ouioui d'un air studieux, conteste quelques arguments secondaires. Mais bien sûr il n'y pige que couic. Il n'en est encore qu'au stade pré-rationnel, le pauvre. Pour lui Aristote est encore dans vingt-cinq siècles. Et il n'apprécie pas d'être pris en défaut. Il ne dit rien, mais insensiblement sa mâchoire se serre... La Lune de miel est finie.

 

Comme autrefois le Baron, Frédérique se prend de haine pour Brigitte. Il va se venger de son intelligence, de sa Sincérité. Répétition du même scénario, à un niveau différent. Le Baron manoeuvrait dans le raz de terre, dans le grossier. Frédérique utilisera le baratin spiritualisant, la psychologie.

Alors: «Brigitte, tu es une débutante, une chercheuse de vérité. Tu n'a pas encore dépassé le stade du savoir intellectuel. Il ne faut pas confondre l'intuition avec un préjugé: l'intuition c'est très subtil, il faut toute une vie d'ascèse pour la développer. Il faut se garder de tout juger, ces choses nous dépassent, surtout en ce qui concerne les maîtres que nous ne sommes pas assez évolués pour comprendre...»

Brigitte, qui ne s'était pas encore aperçue qu'elle n'était plus heureuse, finit bien par se sentir malheureuse. Surtout que ce bel été passe presque entier dans l'ombre malsaine et froide de Frédérique au lieu du soleil de Peyreblanque.

 

Que rêve t-elle dans cette période? Comme cela avait commencé. La maison avec le plancher pourri au-dessus de la cave de plus en plus infecte. Et les lignes électriques qui reviennent en force, lançant leur filet infranchissable au travers d'un ciel bleu tentateur!

 

Et elle est maintenant totalement dépendante de Frédérique: ses petites économies, elles les a données de grand coeur pour la machine à écrire. Elle a depuis longtemps arrêté la location de sa chambrette mauve. Il ne reste rien sur son compte en banque. Même ses allocations de chômage, arrivées à terme, sont parties à l'entretient du petit ménage. Sans plus aucun argent personnel, elle ne peut même pas s'acheter une friandise ou une revue sans avoir à en discuter l'opportunité avec lui. Sans voiture, pas même un vélo, où qu'elle veuille aller, il faut toujours qu'elle lui demande de l'emmener... Quand il n'a pas «du travail». Et deux heures pour aller à Peyreblanque à pied, sans bottes pour la neige, ce n'est plus une démarche très spontanée... Même sur leur petite boîte à lettres, il n'y a que le nom de Frédérique («à cause des visites») et il faut écrire à Brigitte «chez Frédérique»...

Il ne faudrait pas qu'elle ait un enfant maintenant! Elle n'y avait guère songé jusqu'ici, mais soudain cette éventualité lui fait peur. Elle l'attribue aux sombres perspectives de misère qui planent sur leur union. Elle tente de réduire les relations aux périodes présumées non-fertiles, mais c'est difficile pour Monsieur d'accepter cette limitation. Il insiste, se fait caressant, envahissant. Elle cède de mauvais gré. Pour lui qui maîtrise et transcende ses pulsions sexuelles, cela ne devrait pourtant pas lui poser de problème! Mais non, c'est Brigitte qui «a des angoisses», qui «est égoïste», et j'en passe. Frédérique manoeuvre d'instinct la novlangue...

L'union spirituelle se révèle un feuilleton de télévision.

 

Cette dégradation de la situation fait appréhender à Brigitte des répercutions néfastes sur l'épanouissement de sa conscience. Heureusement il n'en est rien, du moins pas à la phase ou elle en est. Elle a à nouveau ses étranges demi-rêves à son réveil, avec les frissons, et d'autres sensations diverses de chocs à travers son corps, des lumières dans les yeux, ou des sons comme si un projectile passait brusquement près de sa tête. Elle va bien être obligée de les reconnaître pour ce qu'ils sont: des débuts de sortie en astral! Car voilà qu'un bon matin... (Heureusement Frédérique n'est pas là) au cours d'un de ces soi-disant rêves, elle arrive à se dédoubler. Sensation d'arrachement, et elle flotte, légère. Comment se déplacer? Il suffit de se visualiser le faisant. Et la voici qui monte vers le plafond, avec toutes les sensations: accélération, déplacement des différentes parties de son nouveau corps (ce que l'on appelle le sens kinesthésique, très développé en astral) C'est très agréable, elle a l'impression de respirer, ou plutôt de s'imprégner par tous les pores d'un air beaucoup plus subtil, plus vivifiant, plus fluide et léger que celui de la Terre! Il est même un peu lumineux, vivant...

Elle contemple la petite chambre d'un point de vue inhabituel: du plafond. Cette chambre est bien ordinaire, tout encombrée de livres et de papiers, car elle sert aussi de bureau à Frédérique. Au-dessus de l'armoire en bois style HLM, traînent des photos ou des cartes postales, embrouillées par sa vision un tantinet confuse.

Soudain elle craint de ne pouvoir retrouver son corps. Mais c'est simple: il suffit de se visualiser à nouveau dedans, et instantanément, sans trajet intermédiaire, elle le réintègre et revient à la vie ordinaire.

Non! Ce n'est pas possible! Elle a vécu ça! Elle est arrivé à se dédoubler! Ah, amis lecteurs, quel moment d'émotion pour tout spiritualiste... Elle qui croyait qu'il lui faudrait des années d'entraînement et une grande maîtrise de... De quoi au juste? Cela commence à l'agacer d'entendre tout le temps Frédérique et ses visiteurs parler de ces maîtres sans jamais s'entendre préciser exactement ce qu'ils sont, ni jamais les voir en vrai.

Heureusement, ces états ne se produisent que quand Frédérique est absent. Il ne faudrait pas qu'il les perturbe par ses ronflements ou par ses gestes intempestifs. Quand enfin les brumes du sommeil se dissipent complètement, voici Brigitte qui réfléchit. Cela a t-il été vraiment réel? N'a t-elle pas été le jouet de quelque illusion? N'a t-elle pas seulement rêvé? Comment savoir? Il faudrait quelque chose d'objectif, une preuve. L'armoire!

Brigitte émerge de son lit, toute nue, saisit la chaise qui lui sert de table de nuit, et grimpe comme un gamin à la recherche de confitures. Elle n'avait jamais fouiné là-haut. Les voilà! Elles sont là, comme elle les avait vues, des photos avec des personnages sur fond de verdure. Brigitte, ignorant la fraîcheur qui la fait frissonner, perchée sur sa chaise, s'étirant pour mieux voir, est toute à la merveilleuse palpitation des grands moments! Oh oui, elle est bien sortie en astral! Cela existe vraiment! Et elle en est capable! L'esprit peut réellement vivre hors du corps, et cette fois ce n'est pas un livre qui le lui dit, c'est bien son expérience personnelle qui le lui montre!

Il faut la comprendre: pour elle, jusqu'à présent, la spiritualité a consisté à apprendre des choses un peu absconses et à faire son deuil de mauvaises habitudes, comme manger de la viande. Peu gratifiant, en fait, et c'est uniquement sa puissante aspiration idéaliste qui l'avait soutenue et poussée dans cette voie. Maintenant elle savoure les premiers fruits!

Ça serait dur de la décrocher de la voie spirituelle, maintenant.

Juste un regret: sa vision astrale de la chambre de Frédérique est en gris à peine coloré, alors qu'on l'avait prévenue que les couleurs de l'astral sont bien plus belles que celles du monde matériel. Sans doute ce défaut est-il dû à son manque d'habitude. Et puis tiens, pourquoi avoir pensé seulement à savoir revenir, elle aurait pu profiter davantage de cet état.

 

Enfin elle regarde les clichés. Et nous revoilà en plein dans le feuilleton télévisé. C'est Frédérique, son bras sur les hanches d'une femme inconnue. Sans doute des photos de sa femme précédente, qu'il aura prestement jetées par dessus l'armoire, juste avant d'inviter Brigitte au lit, le premier soir. Il aura ensuite oublié de les brûler.

Brigitte, encore confiante, ne se rend pas bien compte de ce que signifient ces photos. Il est vrai qu'elles ne sont pas très compromettantes. Ce geste pourrait être familier: une amie, une soeur, voire dû à une facétie du photographe. Pourtant ils ont bien l'air... Essayez, amis lecteurs, de différentier intuitivement des photos de couples artificiels et de véritables amoureux: c'est assez facile, vous verrez. Pourquoi donc l'inconnue sourit-elle si tristement? Brigitte, poussée tout de même par une vague intuition, s'empare des photos et les fourre au plus profond de son sac personnel.

De cela, pas plus que de son expérience en astral, elle ne dira pas un mot à Frédérique. Elle se serait bien empressée de tout lui raconter son expérience, mais une sorte de pudeur l'a retenue. Qu'elle ne s'explique pas. Ah...

Brigitte arrive en fait au stade où elle commence à éprouver une impression de déjà vu quand elle ouvre un des livres spiritualistes qui encombrent la bibliothèque de Frédérique. Forcément ces livres sont écrits par autant de petits maîtres superficiels qui ne font que tourner autour du pot, vantant les spectaculaires exploits parapsychologiques de maîtres imaginaires sans que soit données d'autres explications que «ils sont forts», sans autre moyen de vérification que «si nous ne les voyons pas c'est que notre karma ne nous le permet pas». Brigitte, qui maîtrise maintenant sa méditation, aimerais savoir comment faire pour aller un peu plus loin, cesser d'être une «partisane de la spiritualité» pour devenir quelqu'un qui vit sa spiritualité concrètement. Elle se doute qu'elle peut, même difficilement, développer un amour inconditionnel pour tous les êtres, même les plus vils, capable de leur donner l'envie de progresser et de comprendre. Mais elle ne voit toujours pas comment obtenir les pouvoirs magiques ou extrasensoriels qu'elle voit dans les livres de Frédérique...

En fait, on pourrait qualifier cette littérature de spiritualité-fiction, exactement comme il existe de la science-fiction. Et la mauvaise spiritualité-fiction est, forcément, aussi muette sur la façon d'obtenir des réalisations spirituelles que la mauvaise science-fiction l'est sur le fonctionnement de ses vaisseaux cosmiques! Aujourd'hui ses auteurs préfèrent situer leurs récits dans un lointain passé invérifiable (au temps de Jésus, ou mieux de l'Atlantide...) plutôt que de se rendre ridicules en racontant d'extraordinaires histoires tibétaines dont on voit bien maintenant qu'aucun Tibétain réel n'en a jamais entendu parler.

 

En attendant voici Brigitte qui fait le point sur tous les mouvements pour un monde meilleur qu'elle a rencontrés jusqu'à présent.

Bien avant, quand elle était encore une petite fille, il y avait eu les Hippies. Ah ils étaient beaux, ils étaient purs, avec leurs fleurs, Paix et Amour. Les Hippies n'existent plus depuis longtemps. Ils sont restés un rêve agréable, une référence naïve. Et les idiots qui vous traitent de «Hippie» et autre «baba cool» comme des insultes ne font ainsi qu'exhaler leur propre aigreur intérieure...

Il est facile de voir ce qui clochait chez les Hippies. Mais bien peu de gens ont repris ce qu'ils avaient de délicieux...

Au fait, vous a t-on un jour dit ce que les Hippies étaient allés chercher à Katmandou? Ils cherchaient la Conscience, tout comme Brigitte. Eh oui, les Hippies étaient un mouvement spirituel. Est-ce pour cacher cela qu'on les a tant dénigrés? Certains crurent trouver cette conscience dans la drogue, mais bien peu d'entre eux ont réellement trouvé. Avoir fait un si long et si dangereux voyage, pour échouer si près du but! En effet, il ne restait que quelques kilomètres à parcourir, juste à la sortie de Katmandou, et ceux qui y sont allés ont vraiment trouvé ce qu'ils cherchaient, et bien plus encore.

Après il y a eu Mai 1968. Est-ce par hasard, si d'autres mouvements éclataient aussi au même moment, à Prague, au Brésil, et dans bien d'autres pays. Une explosion de ras-le-bol, une fièvre d'idéal toute brouillée de violence, parfois récupérée par le fachisme, comme dans la «révolution culturelle» de mao, le plus atroce moment que l'humanité ait jamais vécu.

Mai 1968 juste calmé, voici les idéalistes se lançant dans les communautés sans chefs. L'idéal était sommaire, pas assez spirituel, les problèmes mal évalués. La plupart se cassèrent les dents sur l'égoïsme, le désir de puissance, le terrible individualisme. Là aussi, il est commode, bien des années après, de prendre excuse de l'échec de ce mouvement pour rester sur une vision timorée de la vie collective. Ne vaudrait-il pas mieux en tirer honnêtement la seule véritable conclusion: qu'il n'y a pas d'autre chemin que de cultiver le jardin de l'âme pour en extirper toutes les mauvaises herbes? Les rares communautés qui ont réussi, comme l'Arche de Lanza del Vasto, nous montrent que cette voie est tout à fait praticable et à la portée de tous. Il n'y a aucune excuse à l'échec des communautés.

En France, les communautaires étaient aussi connus sous le nom de Marginaux. Le mouvement Marginal est aujourd'hui entré dans l'histoire, et, malgré ses défauts, les projets de société, l'économie d'entraide et les autres idées positives qu'il a tenté d'incarner appartiennent maintenant au patrimoine collectif de l'Humanité. Il est alors permis de s'étonner que le mot «marginal» soit de nos jours employé pour désigner des inadaptés à toute vie sociale, délinquants, drogués, clochards, dépourvus de tout idéal et de tout projet. Faut-il voir dans cette modification du sens une manipulation mentale délibérée du type novlangue? (Ajouté plus tard: ou n'est-ce pas ce mouvement qui s'est condamné lui-même en prenant un tel nom péjoratif?)

Ensuite est venu le mouvement écologiste, un peu en panne d'énergie au moment de ce récit, en 1984. Il avait renoncé à son organisation conviviale, où chaque membre était responsable et Sincère avec lui-même, pour devenir un parti écologiste. C'était la dernière solution après avoir sacrifié un joyeux et puissant égrégore à des querelles intestines de peu de valeur. Une nette influence de l'extrême gauche avait apporté au mouvement un sens politique et une vision de justice sociale, mais aussi la violence et le refus de la spiritualité. L'écologie a su se dégager de cette violence, mais la faiblesse de vue spirituelle conduit déjà à un certain isolement, et pourrait coûter très cher lorsque tomberont certaines échéances...

Malgré cela le mouvement écologiste est le plus positif par ses réalisations. Les choses se sont passées beaucoup plus vite que Brigitte ne l'avait extrapolé! Heureusement, les idées ne se répandent pas que par les journaux et les médias, elles passent aussi par des voies intuitives, elles savent même apparaître spontanément là où et quand elles sont nécessaires. L'Esprit souffle où il veut, vers l'Ouest, vers l'Est, vers le Sud. Les barbelés ne peuvent l'arrêter, pas même la bêtification télévisuelle. Informer un Chilien que l'écologie existe semblait une utopie, disait-on. Et pourtant il y en a, au Chili et ailleurs, des écologistes. Ce qu'il y a de bien, avec les «utopies», c'est qu'elles sont souvent les seules à tenir la route là où toutes les théories «réalistes» ont échoué.

Un autre mouvement à avoir écho dans l'opinion publique est celui pour la Paix. A l'époque du récit, il s'essouffle un peu devant les promesses des gouvernants et des négociateurs. Curieusement, à cette époque de guerre froide entre les USA et l'URSS, Brigitte pressent la venue d'un homme de Paix à la tête de l'URSS (Ce qui n'était pas évident à l'époque du récit, 1984) C'est la seule solution pour décoincer le blockhaus de l'Est. Mais ce n'est pas la panacée: il aura la tâche rude. Il ne s'agit pas de confondre liberté avec économie de marché: la désillusion serait dure! (Note de l'auteur lors de la relecture de 1998: Elle l'a été! Mais comment s'en sortir tant qu'il y en a qui n'ont pas compris...)

Une action extrêmement importante du mouvement pour la Paix a été la série de méditations mondiales pour la Paix. La plus puissante, qui a sans doute rassemblé plus d'un demi-milliard de personnes, grâce à l'action des grands chefs religieux, n'avait pas encore eu lieu à ce moment du récit. Mais elle a sans doute eu une influence considérable. C'est grâce à de telles actions que l'Humanité évolue beaucoup plus vite que s'il fallait compter sur les seuls moyens individuels.

D'autres mouvements sont aussi apparus, mais sans encore franchir la rampe des grands médias, comme la défense des animaux.

Quelle diversité! Cela va des défenseurs de chien-chiens qui mangent d'autres animaux (incohérence!) jusqu'aux végétariens, en passant par les luttes contre les vices comme la vivisection, la chasse, les corridas. Bien, mais Brigitte commence à prendre conscience d'une incohérence: Elle est végétarienne pour ne pas faire souffrir les animaux, mais les animaux... se mangent entre eux. Il y a les rapaces, les carnassiers, les parasites... Brigitte comprend maintenant pourquoi elle s'était sentie mal à l'aise lors de sa première sortie en montagne avec ses amis écologistes, quand ils étaient soudain tombés tous babas devant un rapace alors qu'il ne manquait pas d'autres oiseaux plus avenants alentour. Comment faire? Ce mal naturel répond t-il à quelque nécessité, ou est-il lui aussi à rejeter? Brigitte ne peut se résoudre à éliminer les prédateurs. Mais qu'au moins on ne les réintroduise pas là où ils ont disparu! Ah si elle allait à Peyreblanque au lieu de s'encroûter avec ce Frédérique aux étroites conceptions, elle apprendrait qu'il existe des solutions harmonieuses même pour ces problème apparemment insolubles!

Quant au fait même d'être végétarien, c'est la concrétisation de la principale valeur spirituelle: l'Amour. Respecter. Maintenant, quand Brigitte rencontre quelqu'un (pas souvent chez Frédérique) elle s'enquiert s'il est végétarien, ou si au moins il admet que la pratique végétarienne est une bonne chose. En cas de réponse négative à ces deux questions, elle ne cherche pas plus loin. Elle proclame haut et fort que d'y être hostile est la marque certaine d'une haine de la vie plus ou moins cachée. Même Frédérique se garde bien de la contredire, oh là là! Il sent bien que là est son point sensible, qu'il perdrait tout crédit à y toucher...

Il n'y a pas vraiment d'organisation végétarienne... Ce qui fait rater bien des occasions. Mais, ainsi, on ne peut faire une mode avec une pratique qui demande un engagement personnel concret. Ceci n'empêche pas cet idéal incontournable de se répandre par le jeu des amitiés, et, tel un rhizome, de s'enfoncer profondément dans la conscience collective de l'humanité, et de ressortir et fleurir dans les endroits les plus inattendus, après un parcours souterrain énigmatique. Ainsi l'idéal végétarien fleurit chez tout le monde, dans des familles ordinaires dont c'est souvent le seul atout, et qui souvent n'osent pas se singulariser, d'où l'attitude fréquente consistant à être végétarien chez soi et à manger «normalement» en public.

L'enjeu de la pratique végétarienne est de taille: les abattoirs et les exploitations d'animaux (industrielles, artisanales ou «biologiques» toutes confondues) sont de fort loin la plus grande source de souffrance de par le monde! Un seul humain non-végétarien fait massacrer dans sa vie des milliers d'animaux dont les souffrances, entre l'exploitation, le transport et le meurtre, sont bien comparables à celle des déportés vers les camps de la mort. Même au plus noir de la barbarie nazie, le surcroît de douleur humaine n'a pas dû peser lourd devant le tribut habituel des animaux.

A quoi mène toute cette souffrance? A empoisonner l'esprit humain, à le noircir, à l'embrouiller, à attiser les haines, les conflits. A favoriser, voire à créer des maladies terribles, qui trouvent dans nos psychismes affaiblis un allié ouvrant les portes de nos défenses immunitaires normalement infranchissables.

La viande, bien qu'elle ne soit pas une drogue au sens chimique du mot, induit une dépendance par la perversion du goût, de l'odorat et de l'appétit. Surtout elle produit une très grave forme d'intoxication mentale: accepter la souffrance et la destruction d'autres êtres comme moyen légitime d'assouvir son plaisir personnel. Aucune drogue dure n'a d'effet aussi terrible.

 

Mais le mouvement le plus important par sa signification est sans conteste le mouvement spiritualiste. Car lui va au fond des choses, et recherche le sens profond de la vie sans quoi rien ne mène nulle part.

Etudier et appliquer les lois spirituelles, l'Amour entre les êtres, le respect mutuel, l'Entraide, l'Harmonie, le karma, la réincarnation.

Brigitte, après sa brève mais saisissante expérience en astral, finit par ressentir tout cela non plus comme des belles théories, mais comme une réalité supérieure, à l'oeuvre derrière le décors de théâtre de la vie ordinaire. Déjà elle commence à aspirer à une spiritualité plus intérieure, plus profonde que la spiritualité livresque qu'elle voit autour d'elle.

 

Un problème commun à tous ces mouvements, écologie, animaux, Paix, spiritualité, est le cloisonnement, la spécialisation. Brigitte a l'impression d'un morcellement épuisant, qui à la longue coûte cher. Tous ces mouvements auraient tant à gagner à se féconder mutuellement! Et ça fait pagaille, avec des théories douteuses qui en profitent pour se propager.

Brigitte à l'impression que tous ces mouvements ont plus ou moins en commun le même défaut: le rejet de la science. Bien sûr la science n'est pas innocente, elle doit être réorientée, mais son esprit de méthode et de rigueur est hors de cause. C'est justement cette rigueur qui manque à tous ces mouvements!

Brigitte regrette de ne pas pouvoir parler d'écologie avec Frédérique. (Forcément!) Les efforts de ce dernier pour ramener de ses courses de la nourriture biologique se font de plus en plus distants.

Mais elle réfléchit. Elle à qui on reprochait de vouloir, toute seule, changer le monde, voici que le monde change. Des millions de personnes commencent à s'éveiller. Un peu partout des têtes de pont surgissent. Bien sûr, au lieu d'éliminer les bornes, la plupart de ces gens ne font que les transporter un peu plus loin. Mais, par rapport à un monde où il n'y aurait que des HLM, cette situation est tout de même un progrès.

Les têtes de pont vont s'agrandir. La plupart des mouvements progressent. Si un obstacle freine quelque part, alors une nouvelle vague bouscule les cadres sclérosés et repousse encore les bornes. Il ne faut pas aller trop vite. Se hâter lentement. Il y a extrême urgence, mais aussi nécessité absolue de donner à la majorité le temps de comprendre. Un mouvement unique qui intégrerait toutes les tendances serait-il accessible à l'ensemble de la population? Brigitte n'a t-elle pas commencé son propre chemin dans un petit groupe de copains gauchistes assez périmé? Ne refusait-elle pas à ses débuts toute spiritualité? N'avait-elle pas été braire avec E... contre les «végétariens sectaires» et les «barjos mystiques»?

Quel progrès depuis ses débuts en fac, si proches sur le calendrier mais déjà si loin dans son esprit! Elle repense à Roger qui lui parlait «d'un autre mouvement» qui irait «plus loin encore que l'écologie». Ah que ça l'avait turlupiné! Ce n'est pas un, mais plusieurs autres mouvements qu'elle a découverts. Et quelle découverte! Les sympathiques fermiers biologiques (les premiers), les cahiers poèmes de leurs enfants, toute cette splendeur spirituelle, le voyage astral, la vie éternelle de l'âme dans les étranges circonstances que nous avons vues, la si importante pratique végétarienne... Ah ces histoires de fac, le méprisable faux syndicat, le prof véreux qui falsifiait les notes, les copains qui fumaient de l'herbe, comme tout cela lui paraît enfantin...

 

 

 

 

 

 

Naufragée Cosmique        Chapitre 10       

 

Scénario, dessins, couleurs, réalisation: Richard Trigaux.

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