Naufragée Cosmique        Chapitre 9       

Chapitre 9

Au pied du mur.

Dire que Brigitte est heureuse de sa nouvelle vie serait un euphémisme. Elle croît rêver. Elle est au paradis. Enfin elle a trouvé des gens qui travaillent pour être conscients, comme elle, et qui en savent même bien plus qu’elle!

Comme toutes les lunes de miel, celle avec Frédérique est très agréable. Ah! Elle ne pensait même plus à trouver un amoureux. En voici un! Et quel amoureux! Ardent et passionné!

Le jour, elle s’active au jardin et dans la maison: cette dernière est un peu décrépite, aussi il y a quelques replâtrages à faire. Brigitte se révèle vite une bricoleuse douée. Frédérique, lui, n’a pas le temps, tout à son abondant courrier de gens qui lui demandent conseil pour leur santé, leur karma, leur sexualité. Il a une petite notoriété dans le milieu spiritualiste, et une annonce permanente dans certains journaux Nouvel Age lui vaut une clientèle modeste mais constante (car bien sûr ses «conseils» ne sont pas gratuits!).

Elle part avec lui dans de longues discutions passionnées sur les ovnis, les atlantes, et compagnie. Frédérique raconte par le détail ses vies antérieures chez les atlantes et même il aurait rencontré Jésus, qui d’ailleurs ne lui a pas fait si forte impression que cela. Il parle de Jésus comme quelqu’un d’un peu grandiloquent, un peu naïf, plus mené par les événements que réellement maître de son projet.

Frédérique raconte également à Brigitte les histoires de ses clients (il dit «demandeurs de conseils» mais on aura compris). Souvent ses conseils semblent tourner autour de la sexualité à laquelle il attache une grande importance: N’est-ce pas l’Energie Primordiale? La Force Créatrice? A l’en croire Dieu lui-même y est enrôlé! Il met partout des lingams et des yonis, des priapes et des mandorles. Et c’est que le bougre ne se contente pas de la théorie! Soir et matin il fait ses travaux pratiques, ce qui n’est pas pour déplaire à Brigitte, assez réceptive, vous en seriez-vous doutés?

Tout de même le courrier de Frédérique ne suffit pas à faire un revenu, et de temps à autres il s’absente, pour travailler dans une agence de voyage, comme guide ou animateur dans des croisières privées de luxe. Brigitte aimerait le suivre, mais il répond que cela n’est pas possible. Caraïbes, Grèce, Egypte résonnent à ses oreilles comme les noms d’autant de merveilles à découvrir...

Au village, les gens sont souriants et distants à la fois. Bien sûr ils sont de l’ancien monde, et Brigitte met cette distance sur le compte des préjugés, de la méfiance, et que Frédérique et elle ne sont pas mariés. En fait les habitants de ce village s’y sont faits à l’idée de ces gens qui vivent en couple sans être passés par la mairie ni par l'église. Pour Frédérique surtout ils y sont habitués... Depuis longtemps. D’où la distance. Petit à petit, d’ailleurs, voyant que Brigitte est une brave personne, ils s’en rapprocheront.

Quant à Peyreblanque... Brigitte ne manque pas une occasion d’y aller. Frédérique la laisse faire, au début du moins. Parfois même il l’y amène. Heureusement, car à pied c’est tout de même long, et aléatoire avec les pluies de l’automne. Elle s’y sent bien, et aide à diverses activités. C’est qu’il y a bien un jardin, chez Frédérique, mais il est petit, et bordé de hideuses cabanes où un voisin entasse de malheureux lapins qui y croupissent dans la saleté, en attendant le couteau qui mettra fin à leur tragique existence. Ah! Les anciens ne sont pas tous des sages comme sa Mère-Grand!

Le jardin de Peyreblanque est au contraire vaste, en partie vierge et plein de possibilités. Avec l’argent des stages, Gérard a pu acquérir des matériaux pour la salle de méditation, où les échafaudages commencent à monter. Pas vite, car il y a tant à faire! Cette année encore Marc et Yolande doivent redescendre en ville pour donner des cours, sans quoi il n’y aurait pas à manger pour tout le monde à Peyreblanque. Marc aussi doit retourner à son emploi: il faut finir de payer la belle villa en location-vente. Encore deux ans à y être liés. Anita reste un peu, mais il lui faudra aussi s’absenter pour des parents malades.

Marc et Yolande partis, l’ambiance change. Hélène ni surtout Gérard n’ont autant de patience. Ils sont tous les deux parfaitement sincères avec un coeur grand comme ça, mais... A sa grande surprise, Brigitte comprend vite que, sans le dire ouvertement, ils n’aiment pas du tout Frédérique. Quand il arrive, l’accueil est silencieux, froid. Ce n’est que quand il redescend, laissant Brigitte seule avec eux, que la foncière bonne humeur de Gérard reprend le dessus. Même les enfants s’en vont dans leur petite école communautaire ou à leur maisonnette au fond du jardin quand il est là. Surtout la petite Simone, huit ans, file vite dès qu’il arrive, sans un mot, les yeux ailleurs, les lèvres serrées. Frédérique fait comme si elle n’était pas là. Brigitte se perd en conjectures sur les causes de cette défiance, qui, par moments, frise la guerre froide. Que peuvent-ils bien reprocher à Frédérique, qui semble si sympathique et si savant? Pourquoi le dédaigner ainsi? Et surtout pourquoi ne pas en parler franchement avec elle?

Heureusement les longues absences de Frédérique (souvent trois semaines) laissent à Brigitte autant d’occasions d’être elle-même et de rester à Peyreblanque. Là, tout se passe alors aussi bien que possible, malgré l’impatience de Gérard et le désordre d’Hélène qui font parfois des étincelles. Mais entre gens de bonne volonté on ne se brouille pas pour si peu. C’est qu’à Peyreblanque, tous partagent sincèrement le même idéal d’Harmonie, et chacun peut constater, au fil des ans, que les autres font de réels efforts pour améliorer ce qui ne va pas dans leur comportement. Ces deux conditions réunies excluent tout véritable motif de mésentente. Les progrès ne sont jamais aussi rapides qu’on le souhaiterait, mais ils sont là, visibles, en actes et pas seulement en déclarations.

Brigitte elle-même se sent obligée de faire des efforts. N’a t-elle pas failli se fâcher avec tous ses amis écologistes, à force de leur demander plus qu’ils n’étaient prêts à progresser? Elle se sent même soudain l’élan de leur écrire une lettre. Elle leur doit bien ça, car son départ soudain a dû les étonner! Sans doute ne les reverra t-elle jamais.

Elle reçoit une réponse de Monique, un peu déconcertante. «Chère Brigitte, petite soeur, nous avons tous été très contents d’avoir de tes nouvelles de ta main. Marc nous avait appris que tu étais avec Frédérique et cela est une bonne chose, car Frédérique est un type extraordinaire, très versé dans toutes les choses psychologiques, et très réaliste à la fois. Nos chemins s’éloignent sans doute, mais c’est sans regrets car il est bien que tu aies trouvé ta voie. Nous ici malheureusement il faut dire que tu avais bien raison de soulever tous ces problèmes! Tu es partie au Soleil mais eux, les problèmes, sont restés, et avec le temps ils enflent et deviennent de plus en plus durs, de plus en plus difficiles à appréhender. J’en arrive même à craindre pour l’avenir de notre petit groupe! Ah! Petite Cassandre, que n’avons nous écouté tes remarques, pas toujours agréables mais si justes! Heureusement il y a les soirées de relaxation avec Marc et surtout Yolande, qui est une véritable fée si douce! Elle si discrète que nous ne faisions même pas attention à elle. Pour ma part, je ne me sens pas du tout prête à vous suivre dans vos histoires spirituelles, mais comme tu le sais je suis très tolérante (Ah ça oui, pense Brigitte) et je suis contente que tu vives ta vie. Reçois nos amitiés à tous, ta Monique.» A cette lecture, un peu de tristesse passe dans le coeur de Brigitte. Monique, si gentille, dans un instant d’émouvante lucidité qui refuse encore de devenir conscience... Tous ces bons moments passés ensemble, cette amitié... Du passé maintenant. Et cet infect E... qui doit être en train de faire son sale travail! Ah oui, les problèmes «enflent»... Ben tiens donc. Un moment, Brigitte a envie de répondre à Monique, de tout lui dire. Mais cela servirait-il à quelque chose? Ne se contenterait-on pas de la traiter de paranoïaque? Elle a écrit la lettre, mais ne l’a jamais envoyée. Comme si elle avait honte de dire la vérité.

 

Brigitte partage le travail méditatif de Peyreblanque, et chez Frédérique, elle continue ses méditations aux mêmes heures. Ils font classiquement des relaxations. Relaxer le corps physique, plein de livres expliquent comment faire. Relaxer le mental, c’est moins connu. Les débutants, pour s’y exercer, peuvent visualiser un lac, très joli, tout bleu, dans un paysage merveilleux, inondé de Soleil. Les émotions, les pensées parasites sont des vagues qui agitent la surface. Les vagues se calment, se dissipent... ne laissant que la transparence de l’eau qui révèle alors dans ses profondeurs des trésors insoupçonnés...

La méditation est un état de conscience supérieure, où les Vérités éternelles et les choses de l’Esprit sont plus aisément compréhensibles. La méditation est un état tout à fait naturel. S il n’est pas encore le lot commun, c’est que l’évolution de l’humanité n’a pas encore réussi à la maîtriser. Aussi il faut apprendre à méditer par des exercices spéciaux.

Un des premiers exercices enseignés dans le Yoga est connu sous le nom de vide mental. En fait il ne s’agit pas de faire le vide complet dans son esprit (cela est possible, mais difficile) mais plutôt de couper tout attachement d’avec les pensées qui passent sans arrêt dans notre tête. Les considérer comme des phénomènes, des choses qui se produisent, auxquelles il ne faut pas attacher d’importance, pas même s’attacher à leur disparition. Un des buts de cet entraînement est de ne pas se laisser accaparer par des pensées attirantes, ou entraîner par des pensées qui provoquent par exemple de la colère. Quand on y arrive, on est alors, et seulement alors, libres d’être nous-mêmes, en dedans comme en dehors.

 

Les gens de Peyreblanque font aussi des visualisations. Ça c’est facile: se représenter intérieurement un monde meilleur, un monde en Harmonie avec l’univers, un monde de Douceur et de Poésie. Ils font des séances de méditation, l’un d’eux décrivant un tel paysage de paradis. Certains soirs, ils parlent ensemble à bâtons rompus de ce monde meilleur, chacun sortant son idée, renchérissant sur celle de l’autre! Quels merveilleux moments de complicité!

 

Gérard voudrait faire un annuaire de toutes les activités utiles à un monde meilleur. Certes il existe déjà de tels annuaires, mais ils sont fourre-tout, mélangeant le sérieux et le sans idéal. Gérard souhaiterait une base d’accord sur un ensemble de valeurs: la pratique végétarienne, se débarrasser du tabac et compagnie, le travail spirituel, la non-violence, la communauté, l’écologie, l’Harmonie et la Poésie, une économie où l’entraide remplacerait l’argent...

 

Hélène peint ses visions, en débutante. Yolande aussi, mais peu: les vacances coupées de stages ne lui en laissent pas le temps. Hélène utilise des pastels, des teintes pures de l’arc-en-ciel, sans jamais y mélanger de gris ni de noir, juste au besoin des bruns chaleureux. Elle compte bien s’y mettre plus sérieusement quand le plus jeune enfant lui en laissera le temps. Yolande a, surprise, un style énergique et le coup de crayon très juste, tandis qu’Hélène fait dans un impressionnisme tout en Douceur et en lumières.

 

Ces visualisations merveilleuses débouchent sur un autre travail, qu’ils commencent tout juste. Elever leurs vibrations! Rappelons nous, amis lecteurs, que ce mot «vibration» ne désigne pas quelque phénomène parapsychologique abscons, mais tout simplement une ambiance, une qualité d’être, juste au delà des sensations, ou ce qui en reste quand leur intensité en est passée. Les vibrations sont d’une grande importance dans le monde de l’esprit, elles en sont en quelque sorte les paysages, et dans les mondes spirituels nos corps sont fait de vibrations et non de matière. Certaines personnes ont galvaudé et ridiculisé ce mot, comme toujours quand une mode s’empare de quelque chose sans savoir ce que c’est. Et c’est bien triste pour ces personnes, car ainsi elles se privent ainsi de quelque chose d’essentiel à leur bonheur. En réalité, si ce mot a été popularisé par les hippies, il était déjà employé au début du 20eme siècle par certains artistes et spiritualistes, et son inventeur est Kandinsky, un des tout premiers peintres abstraits. Malgré le discrédit dont on l’a affublé, je le garde, car mis à part le trop vague «ambiance», il n’y a pas de véritable synonyme pour désigner une réalité de la plus haute importance... Peut-être qu’un jour quelqu’un créera un vocable plus précis et plus évocateur, a moins qu’une autorité du langage arrive à protéger efficacement notre si essentiel patrimoine de communication contre ceux qui le salissent ou le détruisent.

Les mauvaises vibrations sont les couleurs sales, les odeurs nauséabondes, la violence, les caricatures, les vices, la pornographie, le puritanisme, le bruit... Les bonnes vibrations sont les parfums et les couleurs pures, les fleurs, la Poésie, l’Harmonie, la Paix, l’Amour et tous les bons sentiments... Les odeurs de l’humus ou du pain, les couleurs du bois ou de la peau, sans être angéliques, sont aussi belles à leur manière, mais sur un ton plus grave que les précédentes.

Nos sensations elles-mêmes ne sont peut-être qu’une catégorie plus dense de vibrations. Ainsi, un humain qui voit la couleur rouge est fondamentalement différent d’un robot qui détecte l’information comme quoi un objet est rouge: ce robot n’aura jamais la sensation de rouge. La perception des vibrations comme des sensations est le strict apanage de la conscience, qu’elle soit incarnée dans un monde physique ou libre dans le monde de l’esprit.

Une image évocatrice à propos des vibrations est qu’il en va de cela comme de la radio: on entre en communication quand on est accordé sur la même fréquence... C’est d’ailleurs là une loi fondamentale de l’Esprit! Si quelqu’un nous offre de la joie, on s’ouvrira plus aisément aux pensées positives et constructives. Si on est en colère, on s’ouvrira aux pensées de haine ou de pessimisme. On obtient aussi le même désagréable résultat, sans être en colère, mais simplement en mimant la colère... Eh oui. C’est la raison pour laquelle autrefois l’Eglise Catholique interdisait le théâtre profane, tout en favorisant les «Mystères» mettant en scène la vie de Jésus ou des Saints... Ceci était d’un grand bénéfice pour ceux qui s’assimilaient à ces grands êtres, même seulement le temps d’une représentation. Si on est sur une vibration élevée, alors la vie sera pour nous élevée, les gens que nous rencontrerons, les livres que nous découvrirons... Après la mort, on se trouve attiré par le genre d’univers qui correspond à notre vibration. D’où l’intérêt d’être sur une bonne, car la rétribution est automatique et absolument imparable.

Les visualisations sont un excellent exercice pour hausser son taux vibratoire, mais pas le seul. Propreté corporelle, ordre, exercices dans la vie quotidienne pour déceler les mauvais sentiments et les remplacer par des bons, exercices pour faire de la vie une création artistique... Régulièrement Hélène aère les pièces de leur grande maison, même non utilisées, même s’il fait froid, et laisse un tampon imbibé d’essences de fleurs: fruit de la passion, rose, violette... Au fil des années, les murs mêmes du vieux mas s’en sont imprégnés d’une indéfinissable et douce senteur.

Ils se réunissent aussi parfois pour des sortes de danses, jouant les gestes de la vie quotidienne, de façon à les rendre poétiques, à les vivre comme un jeu, une joie, un partage d’Amour. Bien que ces séances soient toujours un régal, ils ne les font que... de temps à autres, car, il faut bien le dire, mille prétextes s’immiscent sans arrêt pour le leur faire oublier. Sans compter qu’une seule colère peut leur en couper l’élan pour plus d’un mois. Ah qu’il est difficile de ramer contre le courant général, dans la lourdeur de l’égrégore Terrien...

Et qu’ils ont de mérite, ceux qui réussissent.

Ou au moins qui persévèrent.

Heureusement, il y a les musiques, avec leur force, leur puissance d’évocation. Brigitte découvre enfin tous ces titres inconnus qu’elle avait vus chez Marc et Yolande. Privilégiée! A cette époque guère plus de quelques centaines de personnes ne devaient connaître ces musiques qu’il fallait commander directement en Californie ou copier chez le copain. A l’époque où j’écris, elles commencent à être distribuées en France, avec le retard habituel, au compte-gouttes, ou dans des circuits soigneusement tenus en marge du commerce courant.

Quelles merveilles! Que à côté tout le reste paraît terne, plat! Il y a Aeoliah, dont le nom résonne curieusement dans l’outre-mémoire de Brigitte, et surtout Iasos, dont le merveilleux synthétiseur nous emmène dans d’étranges espaces aux couleurs inconnues, peuplés d’anges et d’êtres ineffables... Pendant des heures, Brigitte médite et rêve, sur fond de musique des anges...

Les musiques ont le pouvoir de nous faire communier chacune avec sa vibration, et ce pouvoir peut être très grand, à condition de vraiment écouter, sans bavarder. (Mettre un disque et bavarder par dessus est une véritable injure à l’artiste, et un grave préjudice pour l’auditeur. En effet les musiques ainsi maltraitées perdent tout leur pouvoir magique, ne laissant que des sons. Inutile de les payer si cher si ce n’est que pour n’en faire que ça...). Une musique bien choisie peut être une puissante source d’inspiration, d’éveil, et nous donner accès à des vibrations supérieures, angéliques, comme les musiques de Iasos. A l’inverse les horribles anti-musiques qui nous sont imposées dans certains magasins sont extrêmement dangereuses... Surtout pour les personnes qui ne se rendent pas compte qu’elles sont mauvaises et laissent ces répugnantes vibrations de désespoir et de ténèbres s’insinuer dans leur psychisme. Et se demandent ensuite pourquoi les suicides augmentent depuis 1980...

La nourriture est également d’une très grande importance. Fleurs et fruits (frais ou en jus) apportent une vibration ensoleillée, céleste, tandis que céréales et légumes sont plus terrestres. Certains fromages, les huiles raffinées, et surtout la viande, le poisson et le vin nous apparaissent d’une vibration dégoûtante, quand on s’en est purifié. Ceci est dû aux toxines qu’ils contiennent, et que notre corps rejette instinctivement. Et si l’Islam a interdit le porc (sans toutefois réussir à être végétarien comme le souhaitait le Prophète) c’est bien à cause de la vibration particulièrement sale de cette viande, qui empestait déjà les rues de Rome du temps de la décadence.

Ce qui surprend énormément Brigitte à Peyreblanque, c’est le plus grand sérieux apporté aux réunions. Du moins pendant la présence de Marc et Yolande, car Gérard et Hélène doivent composer avec les enfants, et souvent seul l’un d’eux participe. Parfois Simone les rejoint. Anita est toujours de la partie, tant qu’elle est présente au mas. La réunion quotidienne a lieu juste après le repas du soir, qu’on a soigneusement rangé. Ainsi tout le monde participe au ménage! Et joyeusement, même les enfants qui sont débrouillards et déjà éveillés à l’esprit d’entraide. Jamais le travail ménager ne leur a été présenté comme une corvée ni comme une punition, aussi ils l’accomplissent comme un jeu!

Ensuite, une fois tout le monde prêt, on se change, on met de beaux vêtements. On se réunit tous ensemble dans la salle commune, en silence. Puis on se dirige en file indienne, marchant posément et silencieusement, vers la chambre qui sert de temple (en attendant mieux). Celui qui ouvre la marche pousse la porte de l’antichambre peinte en bleu indigo. Tout le monde y entre, dans le plus grand silence, et on referme alors la première porte. Ouvrant la seconde, on entre alors dans le temple, également peint en indigo. Ici, contrairement à toutes les traditions, il n’y a pas de choeur, l’autel est au centre, formé d’une simple table basse ronde, posée sur un tapis de paille rond, et couverte d’une nappe blanche. Une bougie veilleuse rouge y brûle en permanence. Toujours en silence, la file s’enroule en cercle autour de la table, et chacun prend place sur les tapis de méditation, malheureusement assez serrés. On allume une bougie parfumée, on chante ensemble le mantra OM, ou parfois un autre, et après un silence la personne qui dirigera la méditation prend la parole, très doucement. A la fin, c’est également en silence que l’on mouche la bougie (sans souffler dessus), que l’on ressort et que chacun retourne à ses activités. Car la sortie du temple ne doit pas signifier que l’on retombe dans la routine: l’état de conscience doit pouvoir se prolonger après, sans se dissiper immédiatement à des pensées plates.

Ce rituel soigneusement respecté impressionna vivement Brigitte la première fois qu’elle y fut conviée. Le coeur battant, elle se sentait entrer dans un monde nouveau, indigo, et être initiée (c’est le mot qui traversa son esprit) à la véritable vie de l’Esprit profondément vécue. Et aussi à la magie qui se dégage de ces cérémonies, de leur puissance de cohésion...

Il n’est pas obligatoire pour séjourner à Peyreblanque de participer aux réunions. Certaines personnes ne sont pas prêtes, et il est inutile de les y forcer. Mais la magie a sa puissance: les visiteurs hostiles ou inopportuns ne traînent pas longtemps leurs guêtres à Peyreblanque.

Cela marche très bien tant que Yolande et Marc sont là. Ils ont très certainement déjà eu un entraînement dans de précédentes vies, et Yolande sent les choses. Mais Gérard et Hélène, seuls, peinent quelque peu. Ils ont les enfants, qu’il faut coucher avant. Quand c’est fait, c’est à leur tour d’avoir sommeil. Ils sont des gens tout à fait ordinaires, soutenus seulement par la flamme de leur idéal. Gérard est très chaud partisan du travail de méditation, parfois un peu trop avec certaines personnes. Hélène, au contraire, est la Douceur incarnée. Mais elle serait plutôt effacée avec les visiteurs. Que voulez-vous, à force de toujours entendre que la Douceur c’est de la faiblesse, on en arrive à s’y laisser aller...

Gérard demande à Brigitte de faire l’école à ses enfants. Etonnée de ne pas les voir aller à l’école du village, elle lui demande d’abord si cela est bien légal, quand l’école est obligatoire. A sa surprise, il lui répond: «Parfaitement, que c’est légal. C’est l’instruction qui est obligatoire, pas l’école! Et tu te rends compte, si ils devaient faire tous les jours dix kilomètres aller et retour, plus la cantine non-végétarienne, tous les problèmes! Non, ils sont bien mieux ici. On fait comme on veut. Oh, bien sûr, on est contrôlés de temps en temps par des inspecteur de l’éducation nationale, pour voir si ils travaillent vraiment, si ils ont des résultats. C’est normal, sinon il y aurait des abus. En fait les inspecteurs qu’on a ici sont ouverts, ils ne cherchent pas à critiquer nos méthodes et ils nous laissent libres de notre pédagogie, du moment que les enfants progressent.

- Ah! Mais je ne savais pas toutes ces choses.

- On ne veut pas les bourrer, ni en faire des intellos pas fichus de planter un clou. On veut en faire des êtres sains et équilibrés, heureux de vivre et positifs pour l’humanité.

- Ah! Et vous leur faites la pédagogie Steiner?

- Tu connais?

- Oui, on en a vu au groupe écolo.

- Oui, mais on ne veut pas se limiter à un système, aussi bon qu’il soit. Il y a beaucoup de valable chez Montessori, Aurobindo, et aussi beaucoup à prendre ou à laisser chez Freinet, Summerhill... Et aussi dans notre propre intuition. Souvent avec nos enfants il s’est passé des trucs qui n’étaient décrits dans aucun bouquin. Il a fallu improviser, se rendre sensible. Un jour, sans doute, je ferai aussi un bouquin. Ce que j’aimerais, ce n’est pas de créer un système de plus, c’est une science de l’éducation qui soit ouverte à la nouveauté, tout en restant sur une base spirituelle et pratique bien solide.

- Oui, ce serait intéressant.»

Soudain les enfants arrivent, emplissant la pièce de leur joyeuse présence.

«Papa! Brigitte! Venez voir comme on a arrangé notre maison!

- Allons-y les enfants, le Soleil est revenu maintenant.»

Les enfants sont aussi allés chercher Hélène et Anita, et voici le joyeux cortège trottinant au rythme de Joël, cinq ans. Le troisième enfant est Fabien, sept ans.

Ils contournent le jardin (qui est un ancien enclos de bergerie, en partie entouré d’un mur de pierres sèches) et arrivent dans le petit creux, près des grands chênes, sur le chemin de la source.

Brigitte, en arrivant à Peyreblanque la première fois, avait eu une appréhension au nom de cabane. Elle se rappelait l’affreuse cahute couverte de vieilles tôles rouillées et gondolées ainsi nommée chez N., cet écolo marron qui l’avait agressée parce qu’elle ne buvait pas de vin. Mais ici rien de tel. C’est une sorte d’igloo en argile, couvert d’une couche de ciment pour ne pas que la pluie le dissolve. Mais quel ciment! Pas du gris béton, ni du raide coffrage! D'abord c'était du ciment blanc. Puis Gérard l’avait lissé avec une taloche courbe construite exprès. Puis Simone avait passé immédiatement, sur le ciment frais, un lait de ciment blanc, teinté en bleu par du colorant spécial (oxyde métallique, dans les magasins de matériaux de construction) et le résultat est un bijou, un petit oeuf bleu avec des taches plus foncées, d’un charme fou, posé dans l’herbe comme un champignon des petits nains. Les enfants avaient patiemment brouetté du gravier pour l’entrée, et semé des fleurs devant. Ils avait soigneusement enlevé tout déchet de ciment autour, aussi les hautes herbes avaient vite repoussé, intégrant parfaitement la poétique construction dans la nature alentour. Oh il est très petit, Simone passe à peine par la porte, et maladroit (une fissure malencontreuse avait dû être colmatée au mastic souple) mais c’est d’une beauté époustouflante, avec bien peu de moyens. Brigitte, à cette vue, avait eu comme un flash d’émotion... Ce sont là les maisons de l’avenir! Une certitude qui avait beaucoup contribué à la rendre amoureuse de Peyreblanque et de son vaste idéal...

Présentement les enfants, tout seuls, ont désherbé un petit coin devant, et repiqué des fleurs rouges tout au long du petit chemin d’enfant, quelques mètres, qui mène ostensiblement à leur maison depuis le sentier de la source. Qu’ils sont fiers de leur travail! C’est une surprise à leurs parents, qui à leur tour débordent de joie!

Ce qu’on fait les enfants est vraiment joli, et Brigitte, songeuse, goûte avec délice à leur enthousiasme simple et naïf...

Puis elle réalise qu’elle à été témoin d’une scène pour elle naturelle, mais qui pour d’autres semblerait un miracle: des enfants ayant eux-mêmes une initiative, et qui la prennent en charge complètement, jusqu’à sa réalisation, dans la bonne humeur, en en assumant correctement tous les côtés techniques... Ces enfants-là iront loin!

Les douces effusions passées, Gérard reprend ses explications: «En ce moment il fait beau, ils jouent dans la nature ou jardinent. Ils ne vont dans leur école que quand il pleut, c’est bien assez. Les enfants sont faits pour jouer dans la nature, pour courir et s’activer!

- Bien sûr! Ils sont plus heureux comme cela.

- Mais il y a une autre raison plus importante.

- Laquelle?

- C’est un truc peu connu. Quand je suis arrivé ici, je me suis mêlé de réparer un coin du mas qui était écroulé. Quel boulot! Incroyable! J’y ai passé des semaines, et encore avec la bétonnière et tout, pour un malheureux petit bout de mur. Et après j’ai regardé: la masse énorme du mas entier! Toutes ces pierres lourdes comme tout, qu’ils ont dû trimballer avec des mules, monter à la main, et tout ça! Plus tailler les pierres, calciner des tonnes de chaux au feu de bois, et tout! Un boulot incroyable!

- Ils avaient le temps.

- Ooooh pas sûr: il fallait qu’ils cultivent, s’occupent des bêtes et tout. Les bêtes aussi, c’est un esclavage, des heures chaque jour, fériés compris, qu’il n’est pas question de repousser. Et une construction commencée, il fallait la finir. Mais il y a mieux, en Amérique, le canyon Chaco, ou ce que faisaient les romains, et tout ça!

- Où veux-tu en venir?

- Eh bien que nos ancêtres avaient une résistance physique, une endurance bien plus grande que la nôtre. Aujourd’hui, la plupart des gens ne savent guère courir plus d’un kilomètre, ou porter quelques petites briques.

- C’est que la race a dégénéré, avec tous les trucs modernes.

- Les gènes ne peuvent se perdre en deux générations seulement. Il y a une autre explication.

- Laquelle?

- J’ai cherché un moment, et j’en ai trouvé une convaincante. Le plus curieux c’est que tous les éléments sont dans les livres de médecine les plus classiques, et même dans les revues de vulgarisation accessibles au grand public. Mais personne ne semble avoir fait le rapprochement. C’est que tout simplement le corps humain développe ses capacités en les faisant fonctionner. Pour la force physique, l’endurance, c’est dans l’enfance. A dix ou douze ans tout est joué. Un gamin qui court, travaille de ses mains, de ses muscles, fera un adulte fort, endurant, capable de mener à bien des tâches épuisantes. Mais les gamins qui auront passé leur enfance assis feront des encroûtés, des assistés, voire des fainéants, des parasites. C’est arrivé à un point tel que même l’armée a des problèmes maintenant, avec les appelés.

- C’est incroyable!

- Regarde les légionnaires romains étaient presque végétariens, avec leur nourriture à base de blé fraîchement moulu. (Fraîchement moulu, je dis bien: ce détail est capital) Ils avaient une force et une endurance incroyables. Les gens qui ont bâti ce mas mangeaient surtout des céréales, mais aussi du cochon, du vin. Malgré ces deux vices, ils étaient plus forts et plus résistants que nous, qui serions bien incapables de les imiter. Ce qui a fait chuter beaucoup les gens, c’est bien sûr le pain blanc et le sucre blanc, la viande et les conserves, mais c’est surtout de passer presque toute leur enfance à l’école à rester assis toute la journée! Et comme si cela ne suffisait pas, la télé est venue par là-dessus dévorer les quelques heures de vie qui restaient! Passifs, les gamins, spectateurs d’une vie qu’ils n’ont même pas pensée eux-mêmes! Bourrés de pop-corns et de boites de sardines! Alors faute d’exercice, les tendons des muscles, les apophyses osseuses ne se forment pas, le squelette reste faible, le métabolisme et la digestion paresseux, peu efficaces, gaspilleurs. Les muscles sont faibles, l’endurance insuffisante, il faut manger beaucoup... Et à l’âge adulte, il est bien trop tard pour y remédier.

- Mais on peut faire de la musculation...

- Oui, mais cela donne des faux athlètes qui ont des problèmes de dos, de claquages de muscles, voire d’arrachages de tendons. Va voir dans un club de gym, de quoi ils parlent!

- Oui...

- C’est que les muscles enflent, mais le reste ne suit pas, ne pourra plus jamais suivre. Leur squelette, leurs tendons ne supportent pas leur force artificielle! Leur métabolisme les trahit. Des pointes de puissance, mais pas des semaines de gros travail. Et à quarante ans ils sont cuits. Les vrais champions d’endurance, comme par exemple les grands cyclistes, ou les types qui ont bâti ce mas, ce sont ceux qui depuis leur enfance travaillent ou ont des activités de plein air, courent, remuent, roulent en vélo, bêchent leur jardin... Et surtout qui aiment ça!

- Mais la nourriture y fait quand même: tu disais l’autre jour que les champions cyclistes, les Zatopek, Faustocopi et compagnie, ce sont tous des végétariens.

- Oui, bien sûr, toutes choses égales par ailleurs, ce sont les végétariens qui ont le plus d’endurance. Mais il faut aussi voir qu’il n’y a pas de comptables ou de mathématiciens dans les champions sportifs. Même si les gens qui ont bâti ce mas mangeaient de la viande et buvaient du vin, ils avaient dès l’enfance une vie bien plus active que nous, ce qui leur valait d’être bien plus efficaces. Imagine ceux qui étaient végétariens! Comme dans l’antiquité, les Egyptiens, les Romains, et d’autres, les travaux colossaux qu’ils ont accompli! Eh oui, on s’est toujours demandé comment ils abattaient tant et tant de boulot, construire ces gigantesques pyramides, trimballer des millions de dalles de plusieurs tonnes et compagnie. C’est pourtant simple: Imagine un peuple d’agriculteurs, qui bosse six mois dans ses champs, et pendant les crues du Nil, les six autres mois, où ils ne peuvent accéder à leurs champs, ils sont des centaines de mille, ne nécessitant qu'un peu de grain et une tente, tous entièrement disponibles pour les plus énormes travaux, sans jamais arriver à se fatiguer!

- !

- Et ce n’est pas un peu de sport à l’école qui changera grand-chose à la situation actuelle. Leur sport, ce n’est rien d’autre que ce qu’ils voient à la télé. Seulement de l’image, aucune vibration, aucun contact avec les forces vives de la nature. Leur corps même leur est extérieur! Comment faire des respirations dans des salles chauffées où il n’y a aucun prana? Comment progresser dans des séances de gym ou on fait en tout cinq minutes d’effort, le reste du temps passant à voir chronométrer les copains? Ce qu’il faut, c’est ce pour quoi notre corps est prévu depuis des millions d’années: de l’air, du Soleil, de l’eau, de l’activité utile à la vie, se frotter avec l’humus, sentir les feuilles mouillées, s’allonger dans l’herbe sauvage, soulever des troncs, des pierres, ne pas avoir peur de la poussière sur la peau ni de la terre aux fesses, empoigner des outils, prendre le matériau à pleine mains, se débrouiller pour en faire quelque chose qui tienne...

- Mais jamais ils n’auront le temps, dans leur école de l’ancien monde!

- C’est ça le drame, actuellement: on est obligé, dès l’enfance, de faire des choix irréversibles et des sacrifices. Sacrifier le corps à l’intellect, ou le contraire, sacrifier la science au travail manuel...

- Sacrifier le coeur aux études intellectuelles, j’en sais quelque chose! J’aurais mieux fait de faire de l’agriculture ou de la musique, ça aurait été plus utile, tiens.

- Oui, tu l’as vu! Moi ce que j’aimerais c’est que mes enfants puissent se développer harmonieusement, dans tous les domaines. Qu’ils soient capables de travailler de leurs mains, de vivre agréablement dans leur corps, de sentir la Poésie, de calculer et concevoir aussi, bien sûr... Pour le calcul, par exemple, ils semblent en retard par rapport aux autres enfants, mais en fait, quand ils s’y mettent, quand ils veulent vraiment apprendre un truc, ils y passent infiniment moins de temps. Il semble que ce soit bien plus efficace de faire des tas d’autres activités physiques entre temps, que de rester à ânonner toujours sur la même chose pendant des heures chaque jour.

- Ils ne pourront jamais être les premiers dans tous les domaines à la fois.

- Les premiers? Qu’est ce qu’on en a à braire. Ce que je veux c’est qu’ils soient libres de choisir par eux même, et qu’ils aient les moyens de vivre leurs choix, quels qu’ils soient, sans devenir des spécialistes incapables de rien faire en dehors d’un étroit domaine. On n’est pas des termites, que diable! Alors ce qu’on fait, c’est simple: quand il fait beau, les enfants vont dehors, ils travaillent au jardin, ou jouent, ou font des visites de la nature, surtout avec Hélène qui leur apprend la Poésie des fleurs et des oiseaux.

- Ça marche?

- Très bien. Fabien à trois ans parlait déjà de poétic’ ou pas poétic’.

- Pas de son naturel quand même!

- Pas vraiment, bien sûr, mais il ne s’y trompait pas. Tout montre qu’il le ressentait effectivement, mais sans notre intervention, il n’y aurait sans doute pas prêté attention et serait passé à côté. Pour Joël ça a été plus dur, il était turbulent et pleurnichard. Mais Hélène est une fée et elle a su y faire...

- Ah!

- Elle l’emmène dans la nature, et lui montre les fleurs. Souvent il les arrachait, chose qu’on ne lui avait pourtant jamais montrée. Maintenant il a appris à les respecter. On les lui fait sentir, il est tout content de savoir leur nom. Il a dû avoir un passé terrible car étant bébé il faisait des grimaces affreuses et encore maintenant il fait des colères ou veut avoir tous les jouets pour lui.

- On a beau dire, les vies antérieures, ça y fait.

- Oui, mais on peut sortir de leurs mauvaises influences, à condition de ne pas se contenter de suivre la pente! L’éducation est un patient travail de construction, parfois même de reconstruction de ce qui a été brisé autrefois...

«Quand le temps est à la pluie, où à la neige, et qu’on ne peut pas sortir, alors on reste à l’intérieur, à l’école. Tu as vu leur école...

- Elle est belle...

- Oui, il y a un coin pour le travail scolaire, et d’autres pour la peinture, les jeux, le modelage.... Tu as vu comme déjà Simone peint bien!

- Oui, c’est vraiment pour un monde meilleur!

- C’est à partir du dôme que ça l’a inspirée. Le dôme, au départ, c’était une idée d’Hélène, mais Simone ça l’a tout de suite branchée et depuis elle ne voit plus que du rond pour les maisons!

- Des belles vies antérieures!

- Ou une volonté de progresser, de créer, qui sait? Du neuf qui se crée, pas forcément de l’ancien qui ressort. Souvent Yolande a eu des intuitions au sujet des enfants, mais toujours des choses immédiates et pratiques, pour leur éducation. Elle n’a jamais rien reçu sur leurs vies antérieures ou des trucs comme ça.

- Frédérique s’en rappelle, lui, pourtant, et facilement.

- Frédérique? Fait Gérard avec une moue. Frédérique, c’est un cas particulier, lui. Je vais retourner au jardin, il y a encore les grands choux à désherber. Veux-tu rester avec les petits, à leur cabane? Ils sont si contents avec toi!» Fait Gérard, qui s’éloigne sans lui laisser le temps de répondre.

Ça, c’est ce qui s’appelle se faire envoyer promener. Encore cette distance avec Frédérique! Malgré toutes ses belles discutions, Gérard commence à agacer Brigitte. Que reproche t-il donc a Frédérique? Pourquoi ne veut-il rien dire? Parce qu’il n’a pas vraiment la conscience tranquille?

Pour Brigitte, Frédérique incarne un idéal: plus qu’un amoureux, une sorte de maître. Revivre ses vies antérieures, lui au moins il sait le faire. Ce n’est pas à la portée de n’importe qui. Il connaît beaucoup de monde, a des amis hauts placés dans l’administration. Il a reçu des initiations, il en a donné. Il a voyagé, en Inde, au Népal, terres où l’Esprit souffle librement. Il sait beaucoup de choses. Il... a sur Brigitte un ascendant certain.

Brigitte conçoit de cette situation une amertume contre ceux de Peyreblanque. Après tout, ils ne sont pas si évolués que Frédérique. Ils ont une certaine méfiance à propos des questions sexuelles alors que Frédérique les a depuis longtemps «transcendées», comme il dit. Elle finit par s’apercevoir que Frédérique ne reste jamais à Peyreblanque plus de quelques minutes, rentrant à peine dans la salle commune. Mais elle aimerait tout de même savoir de quoi il retourne, car lui non plus ne lui a rien expliqué, en définitive.

En réalité ceux de Peyreblanque ne disent rien à Brigitte et ne diront rien. Ils sont fixés depuis longtemps sur la véritable personnalité de Frédérique. Ils l’appellent en privé Tartuffe Ananda, à la mode de ceux qui se donnent des noms hindous pour faire spirituel. Ils ont assisté, impuissants, à la capture de Brigitte dans ses rets. Quoi qu’ils diraient, elle ne les croirait pas et pourrait même se fâcher contre eux. Yolande les a prévenus: c’est un problème karmique entre Brigitte et Frédérique. Suite à une vie antérieure... Elle les perçoit parfaitement, quand c’est utile! Il y a un noeud entre eux deux, un noeud contre-nature que seule Brigitte peut défaire. Ils ne peuvent intervenir dans cette situation, de peur de l’embrouiller davantage, pour n’arriver qu’à en retarder le dénouement. C’est difficile pour ceux de Peyreblanque, surtout pour le bouillant Gérard, qui a une sainte horreur de toutes les magouilles et de toutes les cachotteries. Comme il a envie d’expédier au diable ce Frédérique qui souille et qui embrouille tout! Pour Hélène non plus ce n’est pas facile. Pour elle qui veut vivre dans la Poésie, c’est comme si elle avait une gigantesque boîte de conserve dans son jardin...

Alors l’équipe de Peyreblanque, tous ensemble à la même heure, médite et prie pour Brigitte. Sans le lui dire. Marc et Yolande le font en ville avec quelques amis du groupe de yoga et même un membre du groupe écologiste. Hélène, Gérard et Anita le font au mas, et parfois Simone. Ce n’est pas la première fois qu’ils se solidarisent ainsi, afin d’aider une personne à passer un mauvais cap. Mais pour Brigitte, ils constatent une chose curieuse: il leur est bien plus aisé de se concentrer sur la bonne énergie, comme si un important groupe accomplissait le même travail en même temps qu’eux, avec la force parfaitement collimatée de milliers de personnes au moins! Gérard, petit humain assez ordinaire, fut vivement impressionné de se sentir ainsi épaulé par quelque puissance mystique inconnue, mais très efficace...

Bien sûr, Brigitte fait, en quelque sorte, partie de leur famille, et à ce titre ils s’en occupent particulièrement. Mais ils ont aussi l’inexplicable sensation d’un enjeu important autour d’elle. De tout cela ils ne parlent que uniquement en son absence, dans un cercle très réduit, où même les enfants n’ont pas accès. On ne sait jamais, ils peuvent bavarder.

Brigitte, toute à son adoration pour Frédérique, ne se rend pas compte que, petit à petit, il lui prend toute sa vie. Comme le temps de cet être supérieur est très précieux, il faut lui faire la cuisine. Et sans sel, car le sel contient du sodium et du chlore, tous deux dangereux toxiques. (Note de l’auteur: J'invente pas, à moi aussi on m’a sorti cette ânerie) Pour Brigitte, le choix est simple: se passer du goût du sel, ou avoir le sermon à chaque repas. Il faut lui cultiver le jardin, lui laver tout son linge, à la main car les machines à laver ça pollue (Quoiqu’elles polluent bien moins que l’esclavage!) Il lui faut encore écouter de longs monologues sur le monde qui se trouve caché au centre de la Terre creuse et d’où viennent bien sûr tous les ovnis, ou contre les scientifiques qui sont tous des idiots bornés. Il lui faut peindre et réparer la maisonnette, et maintenant, quand il s’absente, il lui laisse de longues listes de travaux à faire au lieu d’aller à Peyreblanque. Et il a l’air si catastrophé si ce n’est pas fait à la date du rendez-vous... Car, de temps à autres, Frédérique reçoit de bizarres visiteurs, qu’il faut traiter avec la plus grande déférence; une fois même il envoie Brigitte se balader au village sous la pluie, pour «ne pas être perturbé» car il donne une «initiation» à un type avec un nom à particule, qui la regarde de très haut, comme si elle n’était qu’une sorte de servante. Cette «initiation» n’a sans doute pas dû bien marcher, car en revenant Brigitte le trouve toujours aussi plein de morgue. Mais Frédérique précise que son travail a un effet subtil «dans le spirituel». Ah! C’est que c’est un savant, ce Frédérique.

Que pense Brigitte de tout cela? Qu’elle a de la chance d’être amoureuse d’un tel être, si savant, si doué, si... gentil avec elle. Car s’il lui demande tout ça, c’est toujours de son ton le plus doucereux, le plus mielleux. Jamais il ne lui fait de reproche, mais si quelque chose ne va pas, il est si malheureux, le pauvre, ça le gêne dans son travail... Elle est au service d’un sage, elle le décharge des servitudes annexes de la vie. C’est un sacrifice auquel elle consent volontiers: le temps de cet être est si précieux! Brigitte voit en cela son Service à la vie, tout simplement. Lui, il lui déballe toute sa science sexuelle. Si elle ne jouit pas pendant une heure d’affilée, malgré ses exploits, c’est qu’elle doit encore être bloquée quelque part. La voilà qui culpabilise! Elle est bloquée... Où donc avait-elle déjà entendu dire ça?

 

Un jour, Brigitte était sortie au village, mais surprise par une pluie battante, elle avait dû se réfugier sous le préau de l’école. Précisément, voici la douzaine d’enfants qui sortent en récréation. Brigitte les regarde, car elle aime voir jouer les enfants. Pourtant elle se sent vite mal à l’aise. Pourquoi ces cris discordants seraient-ils la seule façon de s’exprimer? ⚠ Un gamin de sept ans demande avec insistance à jouer aux bandits, un autre fait «Pan! Pan! Tatata!» sans arrêt, un autre est atteint de grotesques contorsions, une mignonne fillette glapit «putaing!» toute fière de faire comme ses parents. La maîtresse n’a d’yeux que pour ceux qui s’agitent et font du bruit, elle explique à Brigitte que ceux là sont «vivants», alors que les autres «ne participent pas», donc qu’ils ont des problèmes, etc. Brigitte, stupéfaite, se demande bien comment a pu venir aux enfants cette surexcitation, cette fascination pour les tueurs. Puis elle réalise: la télévision! Les éternelles histoires d’espions, de bandits qui s’entre-tuent à qui mieux mieux, comme d’une chose tout à fait naturelle. Tatata! Cette glorification de personnages cyniques pourfendant indéfiniment les idéalistes, les purs et les innocents de leur morgue et de leurs jugements. Pan! Pan! Les danses de névrosés qui jouent à être libérés, les musiques atroces qui maintenant s’affichent ouvertement sataniques, magma fachiste, désespérant et violemment anti-idéaliste, les ordures punks et d’autres pires encore qu’on a inventé depuis, et qui nous sont imposées partout dans les magasins, à la radio... Même les dessins animés, que l’on pourrait croire innocents, sont déjà un conditionnement à rire de scènes de violence ou de blessures! Sans parler de ces abominables séries japonaises et leur psychologie inversée tellement primaire...

Brigitte est triste bien plus qu’écoeurée: Elle a appris, c’est une loi du monde de l’esprit, que ce que l’on mime ou imite, comportement ou émotion, finit toujours par faire partie de nous-même. C’est la raison pour laquelle les acteurs peuvent avoir certains troubles de caractères, et aussi pourquoi l’Eglise autrefois interdisait, on l’a vu, le théâtre profane et n’admettait que les Mystères, scènes édifiantes tirées des Evangiles et de la vie de Jésus, que l’on peut toujours jouer sans crainte... Ce devait être de jolies fêtes, pour ces croyants naïfs et enthousiastes.

⚠ Que vont-ils devenir, ces enfants s’assimilant inconsciemment aux bandits dont ils voient vanter les exploits chaque jour chez eux, à table, et qui ont préséance même sur leurs parents? Quelle civilisation sortira de cette glorification permanente du mal? Si la société actuelle n’est pas qu’un ramassis de bandits et de pollueurs, il faut bien en conclure qu’une force foncièrement positive veille au coeur de l’humain, et résiste envers et contre ce déluge d’images et de sons délétères...

⚠ (Note de l'auteur, ajoutée en corrigeant en 2018: Cette scène est arrivée en 1984, et fut écrite environ en 1988. Aujourd'hui cette génération a 44 ans, et on voit l'accroissement de votes extrémistes.)

⚠ Brigitte pense aussi à ces inversions de langage, comme fait cette maîtresse qui dit «éveillé» pour «violent» ou «agité», ou «inerte» pour «calme». Ceci a un nom: la novlangue, décrite dans le fameux roman de Georges Orwell, «1984» et son monde totalement fachiste, où tout est interdit. Le fonctionnement de la novlangue est expliqué dans un appendice à la fin du livre, que l’on consultera avec profit. La déformation de la langue y est scientifiquement étudiée et le sens des mots inversé de façon à perdre le concept originel: «liberté» pour dire conditionnement, «Paix» pour dire guerre, etc... Et quelqu’un qui souhaite la Paix n’a plus de mot pour en parler! Ce livre important a un pendant: «Le meilleur des mondes» d’Aldous Uxley, où au contraire on est «libre» de faire n’importe quoi. Terrible leçon: le laisser-aller général sur les pentes de tous les vices conduit exactement au même résultat que la répression omniprésente et l’embrigadement systématique. Les deux livres ont la même fin: Les êtres sincères ayant quelque valeur humaine y sont dans les deux cas impitoyablement écrasés, que ce soit par la police de la pensée ou par une foule lancée sur eux par des animateurs d’émission pornographique. Brr...

⚠ Ces deux visions ne sont pas réalisées telles quelles de nos jours, mais certains de leurs mécanismes fonctionnent sous nos yeux dans notre vie quotidienne. (Note de l'auteur: ceci a été écrit environ en 1988, et décrit la société à ce moment). Les messageries pornographiques, les «radios libres» qui nous imposent leurs musiques atroces sur les fréquences réservées aux radios d’expression, l’idéologie comme quoi tout est bon et tout doit être fait, tout cela empeste le «meilleur des mondes» et produit le même avilissement. La novlangue est aussi utilisée. Par exemple le mot «convivialité», très utile, créé par le philosophe Ivan Illich pour qualifier un système (social, économique, technique...) que l'on peut facilement s'approprier, a été complètement détourné pour désigner... des messageries pornographiques, des bistrots! Ce mensonge est même passé dans les dictionnaires! Le mot «communication» est employé pour «publicité», tandis qu’«utopie», qui désigne un projet de société, est régulièrement utilisé pour dire «impossible»: La ficelle est grosse!

⚠ En novlangue (du roman «1984») une personne ou une chose, qui dans l’idéologie officielle est censée ne pas exister, est un «non-être». Il s’en balade plein, des non-êtres, autour de nous. A l’époque de ce récit, pas question d’entendre parler à la télévision de communautés, de végétariens, de non-fumeurs, de karma, de voyage astral, et, tabou suprême, de Douceur, de Poésie, de gentillesse... Par contre, toute une fausse culture officielle, subventionnée, encensée par les médias, produit un faux art et une fausse esthétique dépourvus de vie; de faux philosophes, des penseurs creux bombardent les masses de concepts dénaturés, de mots vides; même la science fait les frais de cette guerre ouverte à l’intelligence: Messieurs les savants, inventez vos bombes et taisez-vous. Quant aux concepts réellement importants du monde de l’esprit, le peuple n’a tout simplement pas de langage pour les appréhender. Ce qui explique que ces concepts paraissent si compliqués, alors qu’en réalité ils sont tous très simples.

⚠ Des personnages cyniques comme le petit prof en noir de Brigitte pratiquent routinièrement la novlangue, avec des mots comme «réaliste» pour désigner non pas ce qui existe, laid ou beau, mais uniquement ce qui est sale, cruel, ou méchant.

⚠ Beaucoup de gens du peuple se font tromper par la novlangue, comme cette maîtresse d’école qui parle d’enfants «éveillés» pour désigner des chenapans agités détruisant indistinctement la nature, la Poésie, les objets. De tels enfants sont le contraire même d’éveillés. Les véritables êtres éveillés se distinguent essentiellement par leur respect des autres, et par leur respect des beaux moments de la vie. Les enfants calmes ne sont pas forcément éveillés, mais là encore en novlangue «calme» signifie soumis, perdant, paresseux... Cette maîtresse d’école, une gentille petite femme au demeurant, s’étonne tout de même que ce ne soient pas les enfants «éveillés» qui aient les meilleures notes. Comme quoi tous les éléments nécessaires à la compréhension de la Vérité sont toujours à portée de main, malgré tous les pièges tendus. Il suffirait d’oser penser...

Soyons en fait rassurés: si le mal a tant besoin de tous ces pièges, c’est bien signe qu’il est aux abois... S’il a besoin de subtilité, c’est que les gens commencent à réfléchir. Le mal est comme la coque d’un noyau, que l’on ne peut entamer de l’extérieur. Mais un jour la graine de Bien qui est au coeur de chaque être se met à germer... et la coque éclate d’elle même, incapable de résister à la pression de la vie qui s’éveille en elle!

 

Bien sûr les rêves de Brigitte ont changé avec sa nouvelle vie chez Frédérique. A son arrivée, la maison de fleurs s’est posée sur le sol, au niveau de l’herbe. Mais rapidement les fleurs ont disparu, ou ne sont devenu que des ornements artificiels et surfaits. Et... le plancher de la maison est resté toujours aussi branlant, mais cette fois ⚠ il menace de la précipiter dans une cave obscure, répugnante et effrayante. Des galeries ténébreuses et malodorantes mènent à des profondeurs inconnues où doivent rôder des horreurs qu’elle ne voit heureusement jamais. C’est parfois assez fort pour empoisonner toute la journée d’un sentiment de saleté cachée. Elle en fait beaucoup d’autres qui ont tous en commun une sensation d’incohérence, de trompe l’oeil, d’agitation inutile.

Avec tout ça, amis lecteurs qui avez lu le premier livre «Les Jardins d’Aéoliah», vous avez peut être compris que ce Frédérique n’est autre que la réincarnation du lamentable petit Baron Regnald de Capderoc, qui avait déjà terrorisé Brigitte il y a fort longtemps, dans une vie antérieure où elle était la gente Gunniverre, et qu’en fait il la tenait en son pouvoir depuis bien plus longtemps encore... Ce lien trouble qui les unissait les avait amenés à se retrouver une fois de plus dans le monde physique. Mais cette fois il faudrait trancher, quel qu’en soit le prix.

De ces vies antérieures-là, il n’en parle jamais, bien sûr. S’en souvient-il? Certainement pas plus que pour n'importe qui d'entre nous. Quant à ses merveilleuses histoires, inutile de préciser qu’elles se sont toutes déroulées uniquement dans son imagination. Imagination rebaptisée «intuition» pour la cause... La novlangue version «spiritualiste»!

Ah! Il avait bien préparé son coup! Qui aurait reconnu le grossier soudard bâfreur dans cet homme séduisant, à la voix chaude et aux lignes régulières? Le seul trait frappant qu’il avait conservé du Baron était ce puissant rayonnement sympathique, cette chaleur du regard et de la voix qui tout de suite le pose en maître incontesté autour duquel tout va tourner. Même Yolande s’y était laissée prendre au début, mais elle avait vite ressenti en sa présence un trouble, comme un perfide marécage sous-jacent.

⚠ Bien servi par son infaillible intelligence du mal, il avait parfaitement compris sa nouvelle époque, et s’était rendu compte que les lourdes rapières de fer étaient très démodées. Les armes utilisées maintenant sont bien plus dangereuses: ce sont les sophismes, la rhétorique, les faux arguments, la logomachie, les détournements de sens, la récupération et la distorsion de la pensée, les raisonnements vicieux, les échanges de paradigmes, les procès d’intention, les attaques personnelles, et bien sûr la bonne vieille calomnie, déjà bien éprouvée du temps du Baron. Leur port comme leur usage sont parfaitement légaux, vivement encouragés, et l’impunité totale garantie. Faire le mal autrefois, c’était blesser et détruire les corps; aujourd’hui c’est bien plus cruel: s’en prendre à l’esprit, décourager, briser les amitiés, avilir, désidéaliser, pousser au suicide, détruire les personnalités, briser les familles, torturer les coeurs, trahir la pensée, manipuler, asservir... Pourvu que tout cela se fasse sans aucun geste matériel concret, uniquement avec la langue, avec la psychologie, dans les sentiment, les idées, l’âme, là où les tribunaux formalistes de notre superficielle civilisation matérialiste sont impuissants, et si faciles à berner, là où de toute façon personne ne pourra jamais légiférer. Et Frédérique était aussi habile à ce terrible jeu qu’autrefois Regnald avait été redoutable à l’épée...

⚠ En plus l’ex-baron avait vite réalisé que le véritable enjeu du vingtième siècle, derrière tout le tapage technologique, est l’Esprit. Il s’était donc mis spiritualiste, mais un spiritualiste très spécial. Car il avait bien sûr gardé du Baron son infect fond exploiteur, méprisant et volontiers sadique, son habileté à manipuler, à tromper. Ses apparences de décontraction, de liberté, de maîtrise, de rayonnement, de Sagesse, cachent toujours le même mental retors et mauvais. Le seul point où il s’était amélioré était... le sexe, où, pour séduire ses femmes, il avait acquis une technique consommée! Mais pour l’Amour proprement dit, il n’avait même pas pris la peine de se renseigner, puisque presque tout le monde le confond avec le sexe.

Brigitte s’était amourachée d’un des plus minables personnages qu’il soit possible de rencontrer en cette fin de vingtième siècle: un vulgaire naufrageur des âmes, un Antéchrist de banlieue.

Frédérique aurait volontiers fondé une secte, dont il aurait été le tyran; mais déjà il est un peu tard pour cela: les Terriens ne sont pas idiots et ils commencent à être prudents à ce sujet, instruits par l’expérience.

 

 

 

 

 

 

Naufragée Cosmique        Chapitre 9       

 

Scénario, dessins, couleurs, réalisation: Richard Trigaux.

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