Naufragée Cosmique        Chapitre 4       

Chapitre 4

Brigitte vire au vert...

Revoilà Brigitte chez sa Mère Grand. Bien sûr elle est heureuse, elle qui éprouvait depuis le retour des beaux jours une sensuelle envie d’herbe tendre et de chants d’oiseaux. Mais l’herbe, cette année, est déjà jaune: l’effet de serre? L’eau a maintenant un goût un peu salé: les nitrates...

Comme prévu, elle a amené ses cours, pour rattraper. Enfin, ce n’est pas très facile de rester le nez dans les papiers, quand dehors la vie explose en gerbes joyeuses.

Entre deux séances d’étude, elle tente de faire le point. Cette impression de saleté intérieure qui l’avait envahie suite aux disputes récentes se dissipe petit à petit. Mais l’état de grâce, la fraîche lucidité de l’an passé ne revient pas. Bien sûr, elle se retrouve, elle réfléchit, elle se rend compte, mais pour cela elle doit faire un effort...

La voilà bien sûre d’elle avec la grand-mère. C’est qu’elle a pris de l’assurance, et même du toupet, dans ses A.G. d’étudiants. Elle reproche même à la mémé de suivre son feuilleton sur sa télé, un quart d’heure par jour. Elle lui fait la tête parce qu’elle reçoit une voisine. Mère Grand ne dit rien. Elle en a vu d’autres. Mais ce n’est pas la seule raison. Juste avant le départ, elle lui fera tout de même la remarque: «Tu as changé, Brigitte» mais n’en dira pas plus, en dépit des questions de l’intéressée.

Malgré cela, cette période a du bon. Brigitte reprend son travail intérieur avec l’activité au jardin. D’abord, ne pas se précipiter. Commencer par regarder l’endroit où elle doit travailler. Voir comment s’y prendre, simplement, sans s’embrouiller. Ensuite chercher les outils. Les poser de manière pratique. Prendre une inspiration. Goûter la fraîcheur de l’air dans le nez, la gorge et jusque dans les poumons. Goûter les parfums des plantes, regarder les fleurs, les insectes, les nuances d’ombres sur les feuilles. C’est fou: tout un petit monde vit dans un rang de poireaux... Ensuite, on commence à travailler: que ce soit précision ou effort, le corps est heureux de s’activer, de s’exprimer, et il sait le dire à sa façon, si on y fait attention.

Par ce travail, qu’elle poursuit assidûment, Brigitte arrive à complètement transformer en un doux bonheur ce qui pour certains est une corvée. C’est ça, la vie! Elle est bien consciente de l’importance de cet état. Elle est consciente, elle est heureuse!

Tout n’est pas parfait. Par moment, elle doit se forcer pour rester dans cet état, et elle se rend vite compte que plus elle force, plus elle s’en éloigne. Quelle est donc l’explication de cet étrange phénomène? Est-ce que pour cela qu’elle n’est plus si lucide? En plus un rien l’énerve: un plastique qui traîne dans la terre, une moto bruyante sur la route, un chien qui aboie... Tout ce qui fait tache dans la Poésie agreste de ce coin de campagne. Elle le dit à Mère Grand: «Mais enfin! Achèterais-tu une musique qui serait pleine de parasites? Où se superposeraient des aboiements, des gamelles, des bla bla? Non, bien sûr! Alors pourquoi les gens supportent-ils d’avoir plein de parasites dans leur champ sonore, des parasites dans la vie?»

- Ben oui, tu as raison, Biche.» Mère grand reste silencieuse et souriante. Elle passe, avec à la main une boite de peintures à l’eau pour écoliers.

«Oh tu peins, Mère grand? Tu me montreras?

- Oui, Biche, mais plus tard». Et toujours avec son calme sourire rassurant, elle monte vers sa chambre, vers son sanctuaire, où Brigitte n’a jamais mis les pieds, ni personne d’autre semble t-il. Jamais elle n’oserait. Cela représente tant de choses pour elle: Sa petite enfance... Le havre de Douceur du coeur de sa Mère Grand...

Pour la nourriture aussi, Brigitte essaie de changer. Mère Grand suit patiemment ses désidératas, et fait pareil pour elle-même. Elle refuse toujours de la laisser faire la cuisine, puis change brusquement d’avis, non sans lorgner avec inquiétude ses fonds de casserole!

Moins de viande, moins de graisse. Des flocons de céréales au petit déjeuner. Davantage de crudités et de fruits. Au fond c’est très simple, elle se porte très bien et c’est bien plus agréable. Les deux lapins de Mère Grand peuvent dormir sur leurs quatre oreilles!

Les rêves reviennent, plus agités. Ne rêvait donc t-elle pas en ville? Revoilà qu’elle vole. C’est ensoleillé, une invite à l’ivresse de l’espace, mais dès qu’elle essaie de s’élever, le ciel redevient une purée de pois, à quelques mètres du sol, gris sombre, et dur comme un couvercle. Ou bien le ciel est normal, mais quand elle veut s’élever elle s’aperçoit qu’elle est sous une ligne à haute tension! Et il y en a d’autres au-dessus, une vraie toile d’araignée...

 

 

La rentrée... Retour en ville. Dur. Mais enfin, elle va revoir Roger! Un soir de Septembre, donc, elle remonte dans sa chambrette d’étudiante, introduit la clef dans la serrure, ouvre...

Non! Elle s’est trompée d’étage. Ce n’est pas possible. Pourtant c’est bien la mansarde aux murs mauves et aux angles arrondis, son poster, son lit. ⚠⚠⚠ ! Mais ces quatre types qui la regardent d’un air ahuri? Une seringue par terre? Quel capharnaüm! Toutes ses affaires ont été poussées en vrac dans un coin, la table est couverte de vaisselle sale, la moquette souillée, pleine de trous de cigarettes...

«Mais... Mais enfin... Qui êtes-vous? Comment êtes-vous entrés?»

⚠ Elle n’obtient pour toute réponse que de vagues grognements. Interdite, elle reste immobile, puis se rend soudain compte que la petite concierge est là, derrière elle, sur le palier, visiblement mécontente.

«Mademoiselle, vous avez pris une chambre pour une seule personne, pas pour tous vos copains qui viennent à toute heure et empêchent les autres locataires de dormir!

- Co... Comment, mes copains! Mais je ne les connais pas!

- Mais comment sont-ils chez vous alors!

- Mais... Mais je n’en sais rien! Regardez ils ont tout sali!

- Ah ça ils ont fait du propre! Mais pour qu’ils soient rentrés il faut bien que vous leur ayez donné une clef!

- Mais jamais...

- Mais alors comment...

- Mais je n’en sais rien! Ah si: je l’ai prêtée à un copain qui devait m’arroser mes plantes!

- Aaah c’est du propre! C’est sûrement ça qui vous a attiré ces individus!»

⚠ La concierge est de plus en plus échauffée, et voilà qu’elle se tourne vers l’intérieur de la chambre: «Messieurs! Comment êtes-vous entrés?

-

- Etes-vous invités de Mademoiselle Brigitte?

-

- Non? Mais qu’est-ce que vous fichez ici, alors!» ⚠ Elle va pour entrer, mais l’un des quatre prend un air vaguement menaçant. Elle recule alors et redescend vers sa loge, non sans avoir jeté à Brigitte: «Eh après tout c’est vos oignons pas les miens.»

⚠ Passons sur la demi-heure qui suit, où Brigitte oscille entre la rage, l’abasourdissement et le désespoir pour ses affaires détruites. Ses tentatives pour parlementer se heurtent au même silence méprisant, et même à des menaces grossières! Ne sachant que faire, elle s’apprête à redescendre quand un grand bruit de pas se fait dans l’escalier en colimaçon. Apparaît un homme mince en costume beige, suivi d’un autre et de la concierge.

«Inspecteur Lajoignie. Bonsoir. Alors, mademoiselle, On a des problèmes avec ses sous-locataires?»

Non! La police! La petite concierge n’y est pas allée par quatre chemins. Brigitte se rend compte que sa situation est très délicate: comment ne pas être considérée comme complice? Ça y est, elle va être tabassée, fichée, emprisonnée, lobotomisée... Son coeur bat à tout rompre!

⚠ L’inspecteur pénètre dans la chambre, totalement décontracté malgré la bordée d’injures: «Fachiste! SS!» Son collègue commente, du ton de celui qui en a vu d’autres, mais qui n’a pas pour autant perdu toute Sensibilité: «Ben les gonzes, y z’ont la dose!

- Emmenez-les au fourgon.»

⚠ Les agents qui suivaient dans l’escalier exécutent cet ordre. Les quatre, curieusement se laissent faire. Ils sont tirés, sans brutalité, mais sans condescendance. Seul le quatrième se met à hurler, ce qui n’impressionne pas du tout les agents: «Ferme ta g⚠⚠⚠ il est onze heures! Tu vas réveiller tout le quartier!

- Mademoiselle, veuillez me suivre, s’il vous plaît.»

⚠ Brigitte s’exécute, angoissée. En bas dans la rue un fourgon et une voiture attendent, gyrophares allumés. L’autre énergumène hurle toujours, ce qui a attiré tous les habitants de la rue aux fenêtres, plus un attroupement de passants. Quel tintouin à cause d’elle!

Mais Brigitte ne sera pas arrêtée. L’inspecteur lui demande seulement des explications, délicates on s’en doute. Il fait mine de s’énerver: «Enfin c’est incroyable votre histoire! Ça n’arrive pas à tout le monde! Vous n’avez vraiment pas trempé dans ces soirées?»

Brigitte se voit déjà accusée de complicité quand la petite concierge intervient: «C’est vrai, monsieur l’agent! C’est une brave fille, sérieuse et tout! Mais seulement elle avait des drôles de fréquentations! Je lui ai dit, mais vous savez comment c’est! Les jeunes, ça écoute pas!» Elle continue: «Ne les chargez pas trop, quand même, ces pauvres jeunes, la drogue, vous savez ce que c’est... C’est pas eux qu’il faut faire trinquer, c’est les gros bonnets! Qui exploitent la jeunesse...

- Ne vous en faites pas, M’dame, on connaît l’boulot.»

⚠ Une fois le remue-ménage passé, Brigitte, seule dans sa chambrette, évalue les dégâts. Le beau couvre-lit mauve de ses dix ans et ses meilleurs vêtements ont été volés, pour acheter la drogue. Le minicassette de Roger aussi, ce qui est bien pire! Heureusement les cassettes avaient été empilées dans un carton, sous des notes de cours, les types n’ont pas été chercher là. Quelle honte, quelle humiliation si tout l’univers sonore de Roger avait ainsi été détruit à cause d’elle! Plus de cent vingt cassettes, certaines introuvables ou uniques, patiemment rassemblées au fil des années en rognant sur l’indispensable avec un budget dérisoire! C’est que ça coûte cher, à la fin. Plus le linge et les affaires éparses et sales, le lit dégoûtant, la moquette à changer... La nourriture, évidemment, il n’en reste rien. Sauf un paquet marqué «riz complet», ostensiblement délaissé: la drogue ne rend pas idéaliste. Et bien sûr, sur le bord de la fenêtre, ses plants de basilic et d’estragon, secs comme du foin. Ces quelques brins de verdure étaient sa communion avec la vie, ses premières plantations, qu’elle avait particulièrement chéries. De les voir si lamentablement abandonnées la vexe plus que tout le reste, l’atteint dans son idéal même...

Elle pense à Paco... Encore un qui n’est pas conscient plus loin que le bout de sa langue! Brigitte n’aurait jamais imaginé que l’on puisse se comporter de semblable façon. Sans doute, si on lui avait confié le logement de quelqu’un d’autre, en aurait-elle pris plus soin que du sien propre. Ces gens, elle se rappelait vaguement les avoir vus en compagnie de Paco ou d’autres. Sans doute avait-elle passé des soirées avec eux, à danser et à rigoler. Il lui fallait bien admettre maintenant qu’ils n’étaient pas vraiment normaux.

Brigitte, ne sachant guère où aller ni que faire à cette heure avancée de la nuit, reste un bon moment la tête dans les mains: Quelle peut bien être la signification de cette aventure insensée? Quelle noirceur! Quelle honte! Quelle... odeur infecte de tabac, ici, dans sa chambre!

Comme elle n’est pas du tout autonome financièrement, elle est bien obligée de chercher aide chez ses parents. Oh ils ne lui font pas des compliments, mais contrairement à son attente, ce n’est pas non plus la crise de rage, ni le grand mélodrame. Le frère n’est même pas mis au courant, ça lui aurait fait une trop belle occasion de persifler! Brigitte a assez honte comme cela. Ses parents ont le tact de ne pas l’enfoncer davantage, juste son père lui fait remarquer d’un ton sévère que «tu n’avais qu’à pas faire confiance à ces zigotos...» Ils offrent même de remplacer le minicassette de Roger, qui lui n’est pour rien dans l’affaire.

Au retour des étudiants, par de vagues relations, Brigitte apprend que Paco, quelques jours après la fin de ses études ratées, avait reçu une lettre de ses parents, et un billet d’avion pour revenir immédiatement dans son pays, sûrement pas pour y recevoir des compliments. Pris de court, Paco ne sut que faire pour les plantes de Brigitte. Il aurait mieux fait de jeter la clef, tant pis pour les plantes, plutôt que de la confier à un autre copain, qui en fit part à une connaissance... etc. Ah! Paco et son haschich!

 

 

Quelques jours plus tard, il ne reste aucune trace matérielle de l’incident. Mais Brigitte est encore très mortifiée, même en se confiant à Roger.

«Tes parents ont été sympas, au fond.

- ...

- Tu vois, tu disais qu’ils étaient complètement dans le système et pas du tout conscients. Ça ne les a pas empêchés d’être gentils. Ils auraient pu te faire une scène épouvantable, dire que tout était de ta faute...

- C’est vrai qu’ils sont dans le système. Mon père ne pense qu’à l’argent, pour moi il ne voit que les études, et après le boulot.

- Et ta mère, tu lui as parlé du Bonheur, de la conscience?

- !... ...Non. Je... Non, elle n’est sûrement pas consciente.

- Peut-être que si tu lui parlais, elle comprendrait.

- ...

- Peut-être pas tout, mais comment savoir, si tu n’essaies pas? Tu sais, moi, ma famille, c’est pareil. Au début quand je leur ai parlé, ils ont dit que je déraillais. Mais maintenant ils m’écoutent, et font même un peu comme moi.

- Mais les conflits de génération...

- Non ça, tu sais très bien que c’est des histoires de sociologues réactionnaires qui essaient de détourner l’attention des vrais problèmes. Partout il faut voir des êtres humains, et leur donner envie de vivre eux aussi en leur envoyant des bonnes vibrations. L’âge n’y est pour rien. Regarde ta concierge: c’est elle qui t’a tiré d’affaire, au fond. Elle a parlé à ce flic qui allait t’embarquer comme droguée toi aussi. Ooooh bien sûr, elle ne va pas partir demain fonder une communauté écologique, mais elle aussi a été gentille avec toi...

- Alors que je l’avais remballée avant de partir!

- Tu vois! Elle n’est pas rancunière, au moins.

- !

- Moi, ce que je pense, c’est qu’il n’y a pas les conscients parfaits d’un côté, et les tarés irrécupérables de l’autre. On a chacun quelque chose, chaque humain a ses défauts et ses bons côtés. Bon, certains ont plus de problèmes que d’autres, mais de toutes façons c’est à chacun de choisir, de faire les bons choix.

- Oui, mais quand même, on est plus conscients que les autres...

- Bon, si tu veux, disons qu’on a su faire des meilleurs choix, mais il ne faut pas pour autant rejeter les autres personnes comme des vieilles chaussettes. Accordons-leur une valeur égale. Ils peuvent évoluer. Ils évoluent.

- Ni faire aveuglément confiance à tous ceux qui se disent conscients.

- Aaah ça tu l’as compris! Tu t’en souviens, des deux...

- Mais il y a tout de même quelque chose! Cette intuition: à moi, tout me paraît évident, simple, et les autres ne voient rien! Ou si peu!»

- ...Oui, oui, en effet... Mais n’oublie pas que les Lois de l’Univers sont les mêmes pour toi que pour tous les autres. Même un extraterrestre d’une planète complètement libérée, dans ta situation, élevé comme tu l’as été, n’aurait peut-être pas fait mieux.

«Toi, Brigitte, tu es trop sincère, tu as le don de naissance, en quelque sorte. Pour nous, c’est plus dur, vois-tu. On s’est tous auto-illusionnés avec des tas de trucs et de machins, qu’il nous faut maintenant arracher un à un...»

 

Sur ces profondes considérations, ils se séparent, laissant Brigitte perplexe et l’esprit embrouillé. Pendant plusieurs jours elle change de restaurant universitaire, pour éviter de rencontrer son ami. Bien sûr, «les tarés d’un côté et les conscients de l’autre» ça a au moins le mérite d’être simple. Ainsi raisonnèrent danton, robespierre, staline, hitler, mao... L’ennui, c’est la concierge, pour qui elle n’était rien, sinon pire, et qui l’aide à se sortir d’un mauvais pas. Gratuitement. Elle a même eu un geste pour les quatre malheureux.

Inutile de préciser que pendant ces jours, dans le ciel de ses rêves, le couvercle de nuage, si il prend un peu de hauteur, reste compact et sombre comme du plomb. Cette vision n’est pas vraiment terrifiante, mais elle n’est sûrement pas un bon signe.

Le Dimanche, elle se réveille tôt et dans son lit retourne encore ses pensées. Plus ou moins conscients? Qu’est-ce que cela signifie? C’est contradictoire, décousu. Cette concierge... Quelle honte, pour elle, consciente, d’être sortie d’une situation délicate par une personne qui regarde la télé! Pour un peu elle lui en voudrait de l’avoir aidé. Comment a-t-elle pu? Si elle n’est pas consciente, elle ne pouvait pas savoir où est le Bien, la Vérité.

Elle essaie encore de rentrer dans la pensée de Roger. Plus ou moins conscients... Mais oui, mais c’est très simple! Il suffit d’accepter cela, et tout à nouveau devient clair et limpide! Moins simple, mais cohérent et logique. Brigitte, soulagée, essaie à nouveau, pour voir: Chaque être humain est un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout conscient... de différentes choses: le Bonheur, la nature, les sentiments, les relations... De plus, et indépendamment de cette part de conscience, chacun a plus ou moins de défauts de caractère, de personnalité. Cette vision à deux dimensions (conscience et personnalité) correspond bien mieux à la réalité, et elle rend compte de toute la variété de situations qu’on y rencontre: les braves gens (la majorité, en fait... tant mieux) dont la conscience est certes faible, ce qui les rend manipulables, mais qui maintiennent tout de même dans la société un minimum de valeur humaine, comme la petite concierge; ceux qui ont fait vraiment le mauvais choix, et qui s’enlisent dans le mal; ceux qui sont un peu conscients, mais accablés de défauts de personnalité qu’ils ne peuvent aisément rectifier (comme ces drogués...); ceux qui auraient pu faire une prise de conscience partielle, mais qui a été déviée par des idées fausses (Fabriz, Ferdinand); ceux qui ont fait une prise de conscience partielle et se contentent d’y vivoter; et enfin ceux comme elle et Roger, dont la conscience s’est épanouie et qui maintenant essaient d’éliminer leurs défauts de caractère et d’accorder leur personnalité et leur vie aux demandes de la conscience... ce qui n’est pas si facile qu’il y paraît à première vue.

Pour la plupart, semble t-il, l’ouverture de la conscience est très lente, bien trop lente pour pouvoir aboutir avant la mort, hélas. Pour d’autres elle est plus rapide, mais partielle. Chez elle, pour quelque raison mystérieuse, ça a été très rapide, sans pour autant qu’elle ne dispose d’aucune qualité supérieure, sans qu’elle ait reçu en partage quelque extraordinaire don parapsychologique ou autre. Tout le mérite ne lui en revient même pas, puisque qu’elle en doit maintenant un bon bout à Roger. Est-il plus conscient qu’elle, ou sa conscience est-elle portée sur d’autres aspects de la vie? Les humains prennent conscience par paliers. Ce que Brigitte a réalisé d’un seul coup, d’autres le comprennent graduellement, ou par étapes. Puisqu’elle-même en est à sa seconde étape, peut-être... y en a t-il d’autres? Vertigineuse perspective sur laquelle Brigitte ne se hasarde pas à supputer...

Tout sentiment d’embrouille ou de saleté a disparu de son esprit, mais une légère honte subsiste: la concierge... Cette brave femme, qu’elle a enguirlandé pour un motif au fond futile, et même à tort comme l’expérience l’a cruellement démontré. «Bien sûr que cette concierge n’a pas la même intuition que moi! Bien sûr que si je lui parlais de se déshabiller pour goûter à la caresse du vent elle me croirait folle ou je sais pas quoi. Mais elle est une personne, pas essentiellement différente de moi sur le fond. Que faire d’elle? La rejeter? Non, bien sûr. Lui faire des cadeaux? Pas des choses trop essentielles qu’elle ne saurait apprécier. Je ne pourrais habiter et vivre avec elle, mais le mieux, ce serait... de lui donner de la gentillesse, de la bonne humeur. L’aimer, quoi.»

Il est bien évident que depuis belle lurette, pour Brigitte aimer signifie essentiellement DONNER et non pas prendre. Mais elle ne l’avait jusqu’ici envisagé que pour son futur prince charmant qui viendrait un jour l’enlever en soucoupe volante. Pour la concierge, pour ses parents, ses camarades, il en faudra donc aussi. Ce ne sera évidemment pas le même amour, sans le côté sexuel, bien sûr, et plus prudent, moins engagé. Mais ce sera aussi essentiellement une forme de don, de rayonnement. Jusqu’à présent, Brigitte avait essayé de communier avec la vie, mais de manière en quelque sorte neutre. Maintenant il s’agit d’aimer, de s’engager, de donner de soi.

Sur ce, Brigitte émerge de ses couvertures, consciente d’une étape nouvelle... Et de beaucoup de boulot, car rester l’esprit plein de Poésie et de joie face au triste spectacle des défauts humains, ce sera sûrement bien plus difficile que devant un gentil rang de poireaux.

 

Le lendemain, elle retrouve Roger. Ce sujet ne reviendra pas dans leurs discutions. Mais Brigitte comprend mieux la façon d’être de Roger, qui reste gentil quand d’autres seraient enragés, ou qui préfère quitter les lieux plutôt que de continuer un dialogue de sourds avec un esprit tourné vers le mal, et de s’exposer ainsi à de douloureuses et bien inutiles blessures de coeur. Ce qu’elle prenait pour un peu de démission de sa part est en fait une forme de Sagesse. Maintenant qu’elle l’a compris, déjà elle ne l’analyse plus, mais le vit.

Le soir, les revoilà dans la nouvelle chambrette de Roger. Il l’a aménagé un peu différemment: La toile de jute a disparu avec d’autres affaires lors du saccage de la chambre de Brigitte. A la place il a tressé des feuilles de palmier sèches, arrivées ici on ne sait comment.

«A propos, Brigitte, dis à tes parents de ne pas se déranger pour me racheter un minicassette: Amédée m’a passé celui à Paco, qui l’avait laissé en partant, avec pas mal de bonnes cassettes. Il est même mieux que l’ancien. Tu les remerciera de ma part, quand même, il y en a pas beaucoup qui auraient agi ainsi.»

Pendant un long moment, ils restent silencieux. Ils ne mettent même pas de musique. Roger veut sa licence de sciences, et c’est sa dernière année. Pour lui ce n’est pas facile, et il ne veut pas échouer si près du but.

 

Brigitte lit les revues. Soudain:

«Regarde: il y a un groupe écolo dans le quartier! Ils font une soirée débat à la salle des sports! Je voudrais... J’irai les voir!» Roger lève le nez de ses écritures, le visage seulement éclairé d’un chaleureux sourire silencieux: Brigitte suit sa voie, tout est bien.

 

Le Vendredi, la salle des sports est presque pleine, et l’ambiance animée! «Ce n’est pas compliqué: si on continue comme ça on va tous y passer!» Le débat, initialement prévu sur le nucléaire, déborde largement sur d’autres horreurs: la pollution de l’air, les pluies acides, l’ozone, le terrifiant effet de serre... Tous problèmes que les écologistes, à l’époque de ce récit, (début des années 1980) ressassaient déjà depuis dix ans, à la suite des scientifiques spécialistes, qui ont avaient tiré la sonnette d’alarme les premiers... sans grands résultats.

Brigitte constate avec surprise que ce personnage qui pinaille et met en doute l’orateur, en intervenant plus qu’à son tour, n’est autre que l’apprenti-fonctionnaire qui semait déjà la zizanie dans le mouvement de grève des étudiants! Il aurait été un financier, un patron de grande entreprise complice du nucléaire, cela aurait été compréhensible, mais de quoi ce gars (de son âge) se mêle t-il en défendant ainsi les destructeurs de son propre avenir?!!!

«Il faut voir les réalités économiques! Si on appliquait vos mesures, ce serait le chômage, sûrement même une crise boursière!

- Monsieur, vous ne croyez pas qu’il y aura une crise boursière, le jour où l’Europe sera aussi sèche que le Sahel, par l’effet de serre?»

Un second orateur intervient: «Non, il n’y aura pas de crise, car même après notre mort les ordinateurs financiers continueront à spéculer et à coter les actions automatiquement!» Fou-rire général! N’empêche que, comme chaque lecteur a pu le constater un certain Lundi Noir d’Octobre 1987, où les ordinateurs des compagnies financières et des spéculateurs firent une crise boursière la nuit, tout seuls, pendant que tout le monde dormait, personne n’a ri. Je crois même que ces messieurs la trouvèrent plutôt saumâtre. Et qu’ils feront attention à leurs ordinateurs, dorénavant.

Le premier orateur reprend: «Le chômage... Le chômage... Vous n’avez que ce mot à la bouche! Nous on refuse d’être ainsi pris en otages par un système économique qui nous accule à la mort!

- C’est une réalité, le chômage.

- Raccourcir la durée du travail! Mieux le répartir! Même les patrons ne sont pas contre! Nous sommes dans une société où l’automatisation des moyens de production augmente énormément la capacité de production par personne: forcément il y a de moins en moins de travail, et il y en aura toujours de moins en moins! Qui s’en plaindra? Il vaut mieux en profiter pour mettre en place des activités protectrices de la vie, de la nature, des activités créatrices, d’expression, d’art...»

D’autres auditeurs posent des questions ou contribuent au débat de manière heureusement plus constructive. Un des importants sujets est la participation électorale des écologistes. Il faut rappeler que, à l’époque de ce récit, le mouvement écologique, en France, est dans un creux de vague. L’antinucléaire a buté sur la violence de la répression. La participation aux élections a divisé le mouvement, entre ceux qui ne voulaient pas se mêler de ça, ceux qui s’en sont mêlé, et ceux qui ont tout de suite vu où étaient les meilleures places...

«Pourquoi ne pas avoir continué les grandes manifestations antinucléaires du genre de celle de Creys-Malville?»

«... Bon. Pourquoi? Eh bien... Je crois... Beaucoup de gens se sont découragés. Devant la violence de la répression. Le pouvoir était prêt (à plus haut niveau) à aller jusqu’à la guerre civile. (Silence dans la salle) Sur le site il y avait des soldats parachutistes, armés. On a utilisé des armes de guerre contre des citoyens non-violents cherchant à protéger l’intérêt du pays. Les villages à l’entour ont été complètement recouverts de gaz lacrymogène, les jardins saccagés, les habitants terrorisés, terrés dans leurs maisons... Personne ne pense à eux. Moi-même j’ai vu un garde mobile me dire qu’il aimerait bien me voir les tripes à l’air... A quoi ça lui a servi de dire un truc pareil? De nôtre côté, nous avons été jusqu’à nous faire tuer. Que pouvions nous faire de plus? Maintenant les choses sont entre les mains de l’opinion publique. Ou des événements. Si une centrale pète...

- Mais cette violence, ne l’avez-vous pas cherchée?»

- ⚠ Certainement pas! Toutes les grandes manifs, et celle de Malville en particulier, avaient clairement été annoncées comme non-violentes. J’ai vu aussi, toujours à la même occasion, deux provocateurs bien chevelus FAIRE SEMBLANT de taper sur deux CRS qui ne se défendaient même pas, pendant plus d’une minute, et comme par hasard, juste à cette seconde ont surgi pleins de photographes et de caméramanes... La non-violence dérange trop de monde! La violence aurait permis trop facilement de nous dénigrer. C’est aussi pour cela que les organisateurs de telles manifestations ont toujours choisi la non-violence. Il y avait même des anciens résistants qui, pour lutter contre une centrale, voulaient ressortir les armes qu’ils avaient planquées à la fin de la guerre. Heureusement les écolos du coin les en ont dissuadés.»

De remuer ces choses terrifiantes met Brigitte mal à l’aise. Etant enfant, elle avait longtemps pensé qu’une rassurante épaisseur de temps passé séparait maintenant l’humanité de ces terribles guerres et persécutions où la souffrance humaine compte si peu. Mais cette épaisseur est par endroits bien mince...

Elle pose une question, et se surprend à être à nouveau toute intimidée. «Est-ce que quand vous êtes dans la nature, vous êtes conscients de communiquer, d’éprouver une joie, du Bonheur?»

Un léger brouhaha, des rires dans la salle font monter une rougeur sur les joues de Brigitte. Pourquoi rire de telles choses?

Les orateurs se regardent en souriant, et l’un d’eux répond: «Mais bien sûr! Sans ça on ne serait pas écologistes! Nous ce qu’on veut c’est que les gens prennent conscience de toute cette beauté de la nature, de toute cette vie, des régulations subtiles des écosystèmes, tout cela qui est menacé et qu’il s’agit de sauver tant qu’il en est encore temps! D’ailleurs, si on n’était pas contraints par des priorités comme le nucléaire, sans doute on essaierait de mieux faire connaître la nature, d’apprendre aux gens à la respecter, et ce dès l’école! Il y aurait tant à faire, tant de travail de protection, de reconstruction, d’instruction! Il y a toujours plus de boulot pour construire que pour détruire! Et dire qu’on nous opposait le chômage tout à l’heure!»

Plus tard, la conférence débat est finie, mais la salle est encore joyeusement bruissante de monde autour des stands de documentation et de dégustation de produits biologiques. Brigitte s’y sent plus à l’aise que dans le débat agité. Ici se prépare un nouveau mode de vie, une nouvelle sensibilité, par des informations, des actions, par... cette nouvelle nourriture, elle... le sent!

De fait un délicieux parfum de bon pain émane du stand, où elle voit pour la première fois ces fameux produits biologiques, qu’elle goûte en se délectant de pâté végétal et de jus de raisin délicieux!

Les conférenciers, animateurs de stands et autres membres de l’association sont là, parmi les visiteurs dont rien ne les différencie. Vu de près ils ont l’air sympathiques, de présentations et d’âges assez variés. Rien à voir, en général, avec l’image «hippie» que certains leur collent volontiers sur le dos. Tel qui tout à l’heure tonnait contre la mauvaise volonté des médias, est maintenant un petit gars mince vêtu en beige, un peu timide. Rien de plus facile que de les aborder.

«Pour la nature, en général, faites vous quelque chose?

- Hélas non, pas grand-chose: ici on est en ville! Mais parfois on fait des sorties le Dimanche chez des agriculteurs biologiques on en montagne. Si cela t’intéresses, tu téléphones à ce numéro et vous vous arrangez pour le transport, la nourriture, les dates et tout.

- Moi je trouve qu’on est bien dans la nature, on se sent mieux, plus lucide, plus enthousiaste...

- Bien sûr... C’est pour nous pareil!

- Bien sûr les grosses pollutions c’est mauvais, mais je trouve que simplement des bouts de plastique, des bruits de voiture, des maisons en forme de caisse... Comment dire? Ça gâche tout, on n’est plus dans un état de Poésie...

- Tu as une sensibilité poétique! Une perception poétique de la nature! Ecoute, tu en parleras avec la femme à qui tu téléphoneras, qui s’appelle Monique! Ça l’intéressera sûrement.»

 

 

Quelques jours plus tard, Brigitte a rendez-vous à six heures du matin, devant l’entrée du campus, pour aller chez un agriculteur biologique! Elle manque de repartir, car la voiture est en retard. Finalement la voilà: une petite R4 blanchâtre, pleine de visages souriants, où il reste juste un bout de banquette pour elle.

Tout le long du trajet, elle peut dévisager à loisir les occupants: Monique, qui conduit, une petite femme curieusement rousse, volubile et animée, une belle quarantaine d’années; Marc, aux imposants cheveux et barbes noirs, aux subtiles réflexions politiques et sociales, sa compagne Yolande, avec un bandeau violet sur ses grands cheveux noirs, assez réservée, et enfin un autre gars d’une cinquantaine d’années, vêtu d’un costume gris, dont elle ne se rappelle plus le nom. Derrière deux autres voitures suivent.

La conversation est animée et roule sur les mérites comparés de la nourriture biologique par rapport à l’ancienne, puis sur l’agriculture. Brigitte entend pour la première fois des mots qu’elle demande à se faire expliquer: biodynamie, compost, assolements, faux semis... Justement l’agriculteur que l’on va voir est orienté biodynamie. Monique et Marc ont l’air de tout savoir sur ces sujets, et l’autre personnage en gris, qui n’est pas débutant, pose aussi des questions, plus techniques. Brigitte comprend qu’il fait partie d’une administration qui s’occupe d’agriculture. Ainsi, dans la petite voiture qui chemine sur une départementale déserte, la société évolue, devient plus consciente et responsable, jusque dans son fonctionnement intime et ses rouages officiels. Brigitte le remarque au passage: ce responsable administratif est en train de prendre UN PEU conscience d’un aspect PARTICULIER de la vie, comme au même moment beaucoup d’autres. Et petit à petit, toute l’humanité commence à se réveiller. Y arrivera t-elle à temps pour éviter les catastrophes que son inconscience a mises en branle? Dangereuse course de vitesse entre la vie et la mort, entre le Bonheur et le rien, qui gardera sans doute son suspense jusqu’au bout...

Brigitte confie son impression à propos de l’évolution progressive de la société. Contrairement à ses ex-amis de l’an dernier, trop élitistes, les écologistes semblent plus ouverts à l’ensemble de la société.

«Mais c’est sûr qu’il y a une évolution des mentalités! Ça se sent, aujourd’hui il y a de plus en plus de gens qui s’y intéressent, de plus en plus qui changent leur façon de vivre, de manger...

- Comment changer de façon de vivre? Intérieurement?

- Oui, bien sûr, intérieurement, en étant plus conscients de la nécessité de protéger la nature, mais aussi extérieurement, par une vie plus écologique.

- Comment cela?

- Il y a beaucoup de choses, par exemple ne pas acheter des produits qui se jettent, ou qui s’usent facilement, refuser les emballages en plastique, qui souillent l’air ou la nature, manger biologique et végétarien, bien sûr, pas d’alcool, de tabac, ni tout ça, éviter d’utiliser trop d’énergie, pour le chauffage, pour la voiture... C’est pour ça que j’ai une petite voiture! Ça, c’est pour ce qu’il est possible de faire individuellement, mais il y en aurait bien d’autres à faire à l’échelle collective: revoir les transports, privilégier ceux qui ne consomment pas trop d’énergie, revoir la distribution de l’alimentation biologique, qui est chaotique, revoir l’éducation, revoir... Tiens, même un détail tout bête: les ordures. Comment les recycler? C’est difficile et cher si tout est mélangé! Il suffirait que les gens sélectionnent eux même les différentes catégories: métaux, papiers, plastiques, verre, et ce qui est biodégradable! Des ramassages spécialisés seraient à organiser, ou des décharges avec des bacs pour chaque chose. Je suis sûre que les gens le feraient comme il faut! (Note de l’auteur: ceci a été écrit en 1990, dépôt légal 1998) Avec chaque catégorie de déchets, on pourrait refaire des matériaux neufs, et même de l’excellent compost qui remplacerait avantageusement les saletés d’engrais chimiques qui empoisonnent les sources...

- Eh ben sacré programme! Y a du boulot! On est loin du compte avec la société actuelle...

- Aaah oui, pourtant il faudra bien y passer! Ça coûtera de toute façon infiniment moins cher que de réparer les catastrophes qu’on aura si on ne le fait pas.

- Plus on avance dans la conscience, plus on doit changer notre vie! Comment l’imposer aux gens?

- Je ne crois pas qu’il faille l’imposer aux gens... Il faut que les choses soient comprises et alors les gens le feront d’eux-mêmes. Mais je vois qu’on arrive!»

Voici nos visiteurs sur une minuscule route qui serpente dans les collines vers une ferme. A première vue, rien ne la différencie des autres fermes, si ce n’est que les abords de la maison sont bien tenus et fleuris. Mais les connaisseurs remarquent déjà les composts biodynamiques, en tas soigneusement dressés.

La ferme est habitée par deux familles assez jeunes, avec des petits enfants.

La visite dure toute la journée. En fait les installations proprement dites n’ont pas l’air très différentes de celles d’une ferme classique: des champs de céréales, des prairies, un grand jardin de légumes, un garage atelier, une grange avec des vaches et une réserve de fourrage. Plus originaux sont les fameux composts biodynamiques. Un des fermiers invite les visiteurs à y regarder de près: cela sent l’humus, pour les plus vieux. Un tas est en cours de construction, on y distingue la cheminée de branchages pour l’aération et les couches alternées de broussailles ou de fumier. Un autre tas se révèle habité par une quantité incroyable d’énormes vers de terre que le fermier ramasse par pleines poignées: «Voilà la vie du sol! Ce sont les plus précieux auxiliaires de l’agriculture! Ce tas de compost produit le meilleur engrais imaginable! Pas besoin de polluer ni de consommer des quantités d’énergie! Pas besoin d’usines! Voici la santé pour l’Occident et l’Abondance pour le Tiers-monde! Tout est là, dans cet humble tas de terreau, à portée de main, il suffit d’en être conscients et de vouloir!»

 

Enfin ils visitent l’étable. Les vaches sont sorties, mais présentement s’y trouvent plusieurs veaux.

«Ça vous pouvez y aller, ce sont des veaux nourris sous la mère, qui ont gambadé dans le pré.

- Oh ils sont mignons!

- Qu’est-ce que ça a l’air doux, une petite bête comme ça! Et qu’est-ce que ses yeux sont expressifs!»

La visite se termine par la fromagerie, avec dégustation. On se délecte de pénétrer dans l’étrange athanor humide et frais, en pierres chaulées de blanc, où mystérieusement les fromages s’affinent et prennent du goût.

 

Enfin, comme il est midi, on se rend à la maison où attend un délicieux repas bio: crudités en abondance, soupe, tarte aux poireaux, le tout arrosé du plus délicieux jus de raisins... Les langues s’activent encore plus que les fourchettes, sur tous ces sujets passionnants. Heureusement les discutions restent dans le constructif et le positif: c’est une agréable après-midi qui commence, consacrée à une sorte de séminaire pour ceux que cela intéresse. Les autres peuvent se promener, ou assister au jardinage, ou discuter encore. Brigitte en profite pour poser des questions à Monique.

«C’était drôlement bon!

- Ah tu vois que c’est bon, un repas végétarien!

- Quelle est la différence entre végétarien et biologique?

- Oh c’est presque pareil, il y a juste la définition qui change: Bio c’est que c’est naturel, sans saletés chimiques; végétarien c’est qu’il n’y a pas de viande, ou très peu. C’est la même démarche: comme la viande est pleine de toxines qui empoisonnent le corps, on la supprime. On n’a pas besoin de tant de protéines, et de toutes façons on en trouve d’excellentes dans les céréales, les légumineuses et les fruits secs. Moi je n’en mange jamais, mais bon, dans notre association il y en a qui en mangent occasionnellement. Il ne faut pas tomber dans le sectarisme!»

Brigitte, toute à son heureuse découverte de ce nouveau monde, s’intéresse à tout, depuis les fleurs devant la maison jusqu’aux détails techniques de l’agriculture biologique. Toute une société nouvelle, une vie différente, plus simple, plus en contact avec la nature! Un réseau d’amitiés, de relations, d’échange d’informations!

Comme Monique l’avait expliqué, les habitants de la ferme ne jettent pas les ordures: tout ce qui peut se dégrader va au compost, seuls les inévitables plastiques d’emballage vont à la décharge municipale. Même les classiques toilettes à eau et leur fosse septique, dangereux pollueurs des nappes d’eau souterraines, ont été remplacés par une toilette à humus: les déjections, recouvertes à chaque usage d’une pelletée de copeaux ou de paille hachée, fermentent en quelques jours pour donner un très bon humus, d’odeur agréable. Eric, un petit gamin de trois ans, fait même une démonstration! Le cabinet lui-même est net, hygiénique, avec la propreté sympathique de la paille et du foin. Quelques herbes odorantes finissent d’assainir l’atmosphère.

Dans l’atelier sont en cours de construction des capteurs solaires pour l’eau chaude. «C’est notre façon à nous de protéger l’environnement!»

 

Enfin on visite la salle de classe. Les enfants sont éduqués à la maison, selon la méthode Steiner. Mais aujourd’hui c’est Dimanche, ils se contentent de montrer leurs cahiers. «Oh que c’est joli!» Les ooh et les aaah encouragent ces oeuvres ingénues: foin de la froide raideur rationaliste! Les cours sur les lettres (on apprend encore à écrire) sont tout ornés de dégradés, d’arcs en ciel, d’auras aux pures couleurs! Comment ont-ils pu obtenir de ces tout jeunes enfants tant de patience et de précision? Gwendoline, six ans, explique: «Les autres enfants ils appuient très fort sur le crayon et ça fait gribouille. Il ne faut pas appuyer sur le crayon! Il faut repasser beaucoup de fois, tout doucement. La main est légère comme un petit oiseau. Il faut voir ce que ça dit, si c’est beau.» Pour finir elle prend sa flûte et interprète «Ma petite est comme l’eau» sans maestria, mais rouge d’une délicieuse timidité!

Les visiteurs sont enchantés de cette candide beauté. Tous, sauf une, visiblement mal à l’aise devant ces enfants sereins, actifs et épanouis.

«C’est bien de leur montrer la Beauté, mais il y a le mal, dans notre société. Ces enfants ne risquent-ils pas, plus tard, d’être inadaptés?»

Brigitte est stupéfaite d’une si inepte spéculation, en plus juste devant les intéressés! Le grand Marc répond:

«Oh sans doute oui, ils ne sauront pas faire des bombes atomiques, ni fabriquer des HLM cubiques, ni s’ennuyer dans un bureau...» Eclats de rire général! Mais la triste personne insiste:

«C’est un problème sérieux: il leur faudra bien plus tard trouver un emploi, savoir se servir d’un compte chèque, ou...» On entend Brigitte: «J’espère bien que ça n’existera plus toutes ces ⚠⚠⚠-là quand ils seront grands»

Un des fermiers s’explique plus philosophiquement:

«L’éducation que nous proposons aux enfants ne vise pas tant à leur faire ingurgiter des connaissances. Il y a des magnétophones pour ça. La pédagogie Steiner, et aussi celle de Maria Montessori, cherchent à développer l’humain entier, avec toutes ses qualités: Sensibilité aux choses subtiles, Sensibilité artistique, Intuition, faculté de raisonnement et de jugement. Si un jour ils se trouvent dans une situation nouvelle et inconnue, quel qu’elle soit, ils seront capables de la comprendre et de réagir en conséquence, sans pour autant perdre l’essence de leur personne, et de l’assumer bien mieux qu’avec des connaissances pré-programmées qui seront certainement caduques d’ici là...

«Si cela peut répondre à ta question, sache qu’en Allemagne, où on est un peu plus dans la réalité que par chez nous, un demandeur d’emploi a plus de chance d’être pris si le patron sait qu’il est passé par une école Steiner...»

La femme, ne pouvant rien répondre à un argument aussi «réaliste», ne l’entend tout simplement pas et repart à la charge dans un autre domaine:

«Mais il faut leur laisser la spontanéité, les laisser suivre leur instinct! Est-ce que votre poésie ça ne risque pas de fausser le...

- Si l’évolution avait donné tout ce qu’il fallait aux enfants qui n’auraient qu’à suivre leur instinct, elle ne leur aurait pas prévu de parents. Nous on est pas des crocodiles pour pondre nos enfants dans le marigot, et ensuite les laisser sans éducation.» Puis il change ostensiblement de sujet avant que la conversation ne tourne à l’aigre. Brigitte est outragée, d’entendre en un tel lieu et en un tel moment ces propos négatifs semeurs de confusion! Elle regarde en coin la triste femme, qui se donne des airs de grande incomprise.

 

Brigitte, enchantée de ce nouveau mode de vie, est devenue en deux heures une écologiste passionnée. La saveur des légumes, les fleurs magiques des cahiers, les sourires qui se donnent à tout moment, l’ont convaincue bien mieux que tous les discours et arguments techniques chiffrés.

Toutefois, au lieu d’aller au séminaire, assez technique, qui continue dans la maison, Brigitte reste au jardin avec une des deux mères et quelques autres visiteurs. Des éclats de voix passionnés et des rires joyeux arrivent de la maison, du séminaire. Alors que la matinée était plutôt grise, un discret soleil d’Automne est maintenant de la partie. Un coq chante clair dans une autre ferme alentour.

Les arbres commencent juste à roussir. C’est le plus beau moment, où chaque essence a sa couleur: carmin pour les merisiers, vert doré ou jaune citron pour les bouleaux aux troncs blancs, vert passé pour les chênes. Des hirondelles attardées piaillent et foncent au-dessus du jardin en froissant d’air de leur vol rapide. Une légère brume adoucit les lumières et estompe les lointains en tons pastel, apportant un brin d’humidité, plus l’odeur de sous bois.

Les enfants les plus âgés sont au jardin et prennent plaisir à faire quelques travaux à leur portée, comme étaler des feuilles mortes pour couvrir le sol en prévision de l’hiver.

Brigitte demande à aider elle aussi. Une des mères lui dit que venant de la ville, elle devrait avoir besoin de se reposer. «Mais justement, pour se reposer des paperasses et de la grisaille rien ne vaut le jardin!». Elle se montre même efficace, pour avoir appris chez sa Mère Grand.

Plus tard, le séminaire terminé, tout le monde se rassemble, et la conversation roule à nouveau sur plusieurs sujets pêle-mêle.

«Les photopiles ça marche, mais c’est encore très cher: il n’y a pas encore d’études faites sur ce sujet, ils préfèrent que ça ne se répande pas trop»

Le grand Marc commente: «Maria Montessori s’est aperçue que les enfants ont besoin, pour épanouir leur personnalité, de vivre certaines expériences, notamment au cours des «périodes sensibles».

- C’est scientifique?

- Elle l’a observé, et c’est parfaitement expliqué par la neurologie moderne, qui a même recoupé les âges donnés par Maria Montessori. Normalement les expériences dont ont besoin les enfants sont naturellement présentes dans un environnement familial sain, équilibré et ouvert, aussi il n’y a pas en fait à s’en occuper.

- Mais c’est rare une famille comme ça de nos jours.

- Ben oui, et c’est pour ça qu’il y a tant de gens qui ont des problèmes. Si l’enfant dans une période sensible ne trouve pas ce dont il a besoin, l’énergie vitale ne s’arrête pas, mais elle est déviée, soit extérieurement, par des chahuts, de l’agressivité, ou pire intérieurement par des déviations ou des perversions, qui sont encore plus destructrices. Les dégâts sont parfois difficiles à rattraper, car ils sont inscrits dans les cellules nerveuses!

- Ah justement ma petite Juanita a deux ans et quelques, elle était toute mignonne et en l’espace de quelques jours elle s’est mise à crier tout le temps et à faire des caprices.

- Début de vie sociale: peut-être tout simplement elle a besoin de savoir jusqu’où elle peut aller. C’est indispensable pour l’équilibre de ses relations sociales! Ce dont elle a besoin, ce peut être tout simplement que tu sois ferme sur certaines choses, que tu ne la laisse pas envahir ta propre vie abusivement. Ce n’est plus un bébé, c’est une fillette, maintenant! Elle n’est plus dans la poussette, elle marche avec les autres!

- Aaah je comprend alors pourquoi les gamins des communautés tournaient souvent très asociaux!

- Eh oui, la notion de liberté, en soi c’est bien, mais il ne faut pas être manichéen ni simpliste. Est-ce que ce serait respecter la liberté de l’enfant que de le lâcher quand il s’essaie à ses premiers pas? Non, ce serait même un crime. Pour la vie sociale, c’est pareil: l’enfant a besoin de balises, de repères. C’est même un drame terrible pour lui s’il ne les trouve pas! Surtout qu’il ne sait pas dire ce qu’il ressent! Alors il est en colère contre tout le monde, contre la vie. C’est comme ça qu’on fabrique les asociaux et les pervers.

- Eh oui, tu as raison, Juanita a l’air plutôt malheureuse, mais on n’a pas pu savoir de quoi. La nourriture, les vêtements, le lit, tout va et rien ne va.

- C’est qu’elle commence à se préoccuper d’autres choses que les trucs de bébés, sans encore savoir l’exprimer.

- Mais ses histoires, c’est après des détails qu’elle en a.

- Bien sûr c’est des détails. Mais il est primordial qu’elle les vive correctement. Les types qui sont allés sur l’Everest, ceux qui ont marché sur la Lune, ils ont fait eux aussi leurs premiers pas dans un bête parc à bébé! Pour la vie sociale, c’est pareil: ça commence par des trucs enfantins: des histoires de manger proprement, de ne pas jeter la cuillère par terre, de ranger ses jouets, de...

- Comment, ranger ses jouets à deux ans et demi! Comment veux-tu qu’elle comprenne...

- (Marc se fait comiquement grandiloquent) Mais il ne s’agit pas de comprendre à notre sens intellectuel d’adultes! Les enfants comprennent très bien à leur façon à eux. Regarde ici chez Philippe et Myriam: Leurs enfants l’ont fait très bien. Gwendoline rangeait déjà ses ours à deux ans, le matin au lever. C’est même rapidement devenu un jeu, un plaisir, elle le faisait à chaque fois qu’on le lui demandait...

- Si on ne lui demande pas...

- Il faut persévérer, sinon si on ne l’éduque pas, et elle sera juste bonne à regarder la télé. Au bout de quelques temps, elle demandait à le faire et même se mettait en colère si on l’oubliait.

- Mais de lui apprendre une certaine façon de ranger, de manger, ça ne risque pas d’être arbitraire?

- Bien sûr que ça l’est. Mais ce point n’est pas important. Avec de bonnes bases, l’enfant sera libre de choisir son propre chemin plus tard. Mais si au départ il n’a pas de bases, il ne pourra jamais. Savoir ranger ses affaires, c’est une nécessité pour tout le monde, quel que soit la conception de l’ordre. Je ne conçois pas une culture, et une société écologique encore moins, où chacun laisserait tout traîner!

- Ouais. Je comprend mieux les problèmes qu’ont eu les communautés d’après Mai 68 avec les enfants. Il fallait les laisser totalement libres de tout, ne leur donner aucun repère, aucune limite... Résultat: pratiquement tous ces enfants se sont opposés aux idées de leurs parents, et ils se sont même fâchés avec. En plus, la plupart sont incapables d’une activité suivie, ni de relations affectives stables, exactement comme les enfants des orphelinats qui n’ont pas eu droit à l’éducation...»

Brigitte se mêle à la conversation: «C’est d’un niveau plus élevé que tout à l’heure!

- Tout à l’heure? Ah oui! Evidement... Mais je te fais remarquer que ça reste quand même compréhensible pour tout le monde.

- Bien sûr... Mais ces histoires d’instinct, c’est quoi?

Ooooh c’est des bêtises. D’un côté il y a des soi-disant scientifiques qui pondent ce genre de théories, que l’on répète parce qu’ils ont un statut de scientifiques, mais en fait ces histoires n’ont aucunes bases scientifiques réelles: ce sont des hypothèses, des opinions. D’autre part les communautés, tout ça, ça parlait de liberté: mais de quelle liberté? Celle de vivre ensemble une vie chouette, ou celle de se laisser-aller à n’importe quoi? Normalement, le mouvement communautaire, c’était pour vivre ensemble une vie chouette, donc positif. Mais faute de vue en profondeur, les partisans du n’importe quoi ont pu s’introduire dans le mouvement, sans être repérés, et ce sont eux en fait qui ont tout fait rater. Ce sont eux qui ont inventé ces histoires d’instinct, et d’autres, pour justifier leurs penchants pervers et s’éviter d’avoir à les remettre en cause, comme cela était exigé par leur engagement. En fait je trouve que cette attitude a été profondément fachiste.

- C’est sûr qu’elle l’était, puisqu’ils ont fait rater ce mouvement. C’est dégoûtant! Sans cela les idéalistes sincères seraient sans doute arrivés à quelque chose. Ils auraient bien fini, avec le temps et l’expérience, à surmonter les problèmes. Au lieu de cela ils ont été évincés et découragés.

- C’est râlant tout de même.

- C’est pour ça qu’actuellement il n’y a plus beaucoup de communautés. La plupart des gens essaient de vivre une vie plus chouette en famille, ou comme ici par deux familles. C’est déjà assez compliqué comme cela!»

 

L’heure du retour approche. D’autres agriculteurs bios du voisinage arrivent avec de joyeux saluts et des fruits, des légumes, et même du vin biologique. Brigitte est intriguée par ce dernier ingrédient. Depuis aussi petite qu’elle ait été, elle avait toujours instinctivement refusé de boire du vin ou d’autres alcools. (Eh oui, l’instinct existe! Mais il sert à nous protéger, pas à revendiquer des penchants morbides et sales!) Elle sait, comme tout un chacun, que l’alcool est nocif, qu’il dégrade la santé et la comprenette, tout à fait à l’opposé de ce que devrait être un produit biologique digne de ce nom. Bon, il faut être un peu tolérant, pense t-elle, puisque ce mot revient si souvent dans la conversation. Elle n’y goûtera pas, c’est tout. Elle n’est d’ailleurs pas la seule, loin de là.

Les nouveaux venus font des affaires, en tout cas! Ils contemplent leurs cageots vides en mimant des airs désolés! «Beuaaah yen a plus!» Même Brigitte leur achète des légumes, non sans remarquer: «Bah, un jour il n’y aura plus d’argent!

- Aaaaaaaaaaaah ça, J’espère bien qu’il y en aura plus d’argent!» Point de vue assez original pour quelqu’un qui vend sa production...

De nouveau en voiture, Brigitte sent une nostalgie l’envahir, qui s’amplifie quand, la nuit tombée, on retrouve les lumières factices de la ville. «Tous ces gens qui ne mangent pas bio!» Eh oui, cette cafétéria où elle se plaisait à aller, ce restaurant, tout cela n’a plus de sens! Ces lieux où elle avait éprouvés des plaisirs lui semblent maintenant morts, tristes. Chaque pas sur le chemin de l’éveil la séparerait donc un peu plus du reste de l’humanité... Ou la rapprocherait de l’humain?

Plus tard, au lit, les images tournent dans sa tête: la mine comiquement désolée du producteur de légumes hilare et hilarant, les petits z’enfants jardinant avec de vrais outils à leur taille, les prairies, la senteur des sous-bois, l’air pur et propre qui rafraîchit délicieusement ses poumons...

C’EST LA VRAIE VIE! Elle a enfin trouvé des gens qui font quelque chose pour créer sur Terre un monde meilleur! Et pas un vague projet, mais un plan précis où tout est prévu! Des joyeux compagnons, des sages, des ouvriers habiles bâtissent la société de demain. Finalement sa joyeuse équipe de l’an passé était certes douée pour discuter d’un monde meilleur et pour la fête, la musique ensemble, mais ne faisait en fait rien de constructif. Il faudra qu’elle parle de tout cela avec Roger.

Brigitte, en tous cas, est heureuse, contente... Et écologiste. Fourbue par cette journée fertile, elle s’endort bien tard. Le lendemain la trouvera bien distraite aux cours... Mais est-ce bien seulement à cause de la fatigue?

 

 

 

 

 

 

Naufragée Cosmique        Chapitre 4       

 

Scénario, dessins, couleurs, réalisation: Richard Trigaux.

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